Le dérapage de 40 milliards de dollars dans les placements de la Caisse de dépôt n'aura que «des conséquences minimes» pour les cotisants à la Régie des rentes, pour les automobilistes et pour les fonctionnaires qui y ont placé leurs régimes de retraite, a soutenu cet avant-midi la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, après une rude séance en commission parlementaire où elle s'est maintes fois retrouvée au banc des accusés.

Denis Lessard LA PRESSE

«L'impact va se faire sentir, mais l'important c'est de regarder l'impact sur le long terme» a-t-elle souligné, écartant la possibilité qu'il y ait des hausses de cotisations cette année ou l'an prochain.

La ministre s'est  expliquée durant deux heures de commission parlementaire. Souvent impatiente, Mme Jérôme-Forget a maintes fois invité l'opposition à plutôt poser ses questions aux dirigeants de la Caisse de dépôt et aux déposants, qui comparaîtront en avril. Elle s'est dite «très déçue» des résultats de la Caisse - de loin les pires de tous les grands fonds canadiens pour 2008. Elle a même soutenu que le fonds ontarien Omers devait sa meilleure performance dans le portefeuille immobilier à des méthodes comptables différentes de celles de la Caisse. Alors que les Ontariens ont gagné 6 % dans l'immobilier, la Caisse a perdu, elle, plus de 20 %.

Pour le critique aux Finances du PQ, François Legault, ces déclarations de la ministre sont totalement irréalistes, les pertes de la Caisse signifient un recul de 10 000 $ des fonds pour chaque cotisant, explique-t-il.

Pour lui, Mme Jérôme-Forget a «totalement manqué de leadership» tout au long de la crise boursière. Elle soutient qu'elle ne s'est pas informée des résultats de la CDP régulièrement cet automne, alors que les marchés plongeaient. Elle soutient même qu'elle n'a pas demandé aux déposants, les grands fonds d'assurances du gouvernement, quel serait l'impact de la baisse de leurs placements sur les cotisants aux différents régimes.

Aussi, le ministère des Finances était responsable, comme déposant, du Fonds d'amortissements des régimes de retraite, le FAAR, qui a fondu de 25,6 % en 2008. Ce résultat, identique à celui de la Caisse dans son ensemble, représente une contre-performance étonnante - les autres grands fonds de retraite ont reculé de 18 % en 2008. Ce matin, Mme Jérôme-Forget disait pourtant que son ministère «avait bien tiré son épingle du jeu» comme déposant à la Caisse de dépôt. Le Fonds des générations, l'autre placement dont le ministère est responsable, a reculé e 22,4 % en 2008.

Elle soutient que ce n'est qu'au retour des élections du 8 décembre que ses fonctionnaires l'ont informé des pertes appréhendées, de 18 % à ce moment.

En commission parlementaire, M. Legault a relevé que, dès juin 2005, la Banque du Canada avait sonné l'alarme sur les papiers commerciaux, ces titres dont la Caisse avait acheté pour une valeur de 13 milliards $, pour son fonds de liquidité. C'était deux ans avant l'implosion de ces produits, en août 2007. Pour la ministre, il faudra voir ce que les dirigeants de la Caisse avaient fait de ces avertissements. Pour François Legault, il est inexcusable que ces mises en garde soient restées lettre morte. Même en novembre 2007, le président de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, avait soutenu qu'il n'y avait que 500 millions $ de mauvaises créances dans ce portefeuille. En deux ans, la Caisse a dû admettre des pertes potentielles de 6 milliards $ pour ces papiers commerciaux. Pour la ministre, dès 1997, le ministre des Finances, Bernard Landry, avait cautionné un amendement à la loi de la Caisse pour qu'elle puisse acheter de ces nouveaux produits. «Le père des papiers commerciaux c'est Bernard Landry !» a-t-elle lancé.

Perdant patience, la ministre a à quelques reprises haussé le ton et qualifié, par exemple, «d'enfantillages» l'intervention du député adéquiste François Bonnardel qui lui demandait si elle comptait s'excuser auprès des contribuables pour la catastrophe survenue à la Caisse. La ministre a aussi sauté les plombs quand on lui a donné 15 secondes pour répondre à une question complexe. «Vous voulez seulement parler. Vous ne voulez pas de réponse aux questions», a-t-elle accusé.