Le budget Flaherty consacre le fait que Stephen Harper a fait une croix sur le Québec, et est «un échec pour Jean Charest», estiment tant le PQ que l'ADQ.

Karim Benessaieh LA PRESSE

«Ce qu'on constate, dans le fond, c'est que le fédéralisme est rentable pour l'Ontario et pour l'Alberta, a déclaré avec ironie Pauline Marois, en point de presse hier matin à La Malbaie. Cependant, quand il faudra rembourser le déficit, le Québec devra être au rendez-vous au même titre que les autres.»

La chef de l'opposition note que le Québec perdra un milliard en péréquation dans les deux prochaines années mais que l'Ontario recevra quatre milliards de plus. «On a l'impression que le Québec n'est plus dans le radar en ce qui a trait à Ottawa.»

Mme Marois estime que Jean Charest «a littéralement failli à la tâche de défendre nos intérêts» en refusant d'élever le ton face au fédéral lors de la dernière campagne électorale. «Ne rien faire, c'est trahir nos intérêts, c'est trahir les attentes des Québécois, simplement pour protéger sa capacité de gagner une élection. C'est absolument inacceptable pour un premier ministre du Québec.»

Quant à la décision de Michael Ignatieff d'appuyer le budget Flaherty à certaines conditions, Mme Marois y voit un «message» négatif envers le Québec. «Le budget, il n'est pas bon pour le Québec. Que M. Ignatieff ait voté pour ce budget, il a ses propres raisons, j'imagine. Il préfère préserver sa capacité d'aller en élections plus tard, mieux préparé sans doute, plutôt que de défendre les intérêts des Québécois.»

»Sabotage» de Jean Charest

En matinée, en point de presse à Québec, Éric Caire, porte-parole de l'ADQ pour les questions fédérales provinciales, a soutenu que le Québec faisait les frais des mauvaises relations entre Stephen Harper et Jean Charest.

«Le budget est un constat d'échec total» parce que Jean Charest a «complètement saboté» sa relation avec le gouvernement fédéral, a estimé l'adéquiste.

Les relations se sont assombries depuis le printemps 2007 quand Québec avait «détourné» le règlement du déséquilibre fiscal, près d'un milliard utilisé pour des baisses d'impôts plutôt que pour le financement des réseaux de la santé et de l'éducation.

«Le premier ministre s'est tellement discrédité auprès d'Ottawa qu'on n'a pas eu ce à quoi on était en droit de s'attendre», a ajouté M. Caire.

Sur le budget Flaherty, l'adéquiste a jugé «très décevants» les gestes pour le secteur forestier, 170 millions pour l'ensemble du Canada. Il a critiqué aussi «le déni de la compétence provinciale» contenue dans le projet fédéral d'une commission pancanadienne des valeurs mobilières.

Les 12 milliards pour les infra-structures sont une bonne nouvelle. Quant à la revue de la péréquation, dénoncée sans détour par le gouvernement Charest, elle ne doit pas faire perdre de vue l'objectif que doit avoir le gouvernement Charest: faire en sorte que le Québec se hisse dans le peloton des provinces les plus riches et cesse de compter sur cette redistribution de la richesse destinée aux plus pauvres.

M. Caire a dû se défendre de prendre le parti du gouvernement Harper. Comme Mario Dumont, il avait critiqué les choix d'Ottawa lors de la dernière campagne fédérale, en matière de jeunes contrevenants par exemple.

Jean Charest a choisi de «taper sur le clou» frénétiquement durant la campagne fédérale pour rester muet au lendemain des élections. «Mario Dumont n'a pas déchiré sa chemise en pleine campagne pour après cela tomber en silence radio», a souligné M. Caire.