Les conservateurs de Stephen Harper ont finalement obtenu une majorité technique au Sénat, hier, après que le premier ministre eut nommé cinq nouveaux sénateurs, dont le Québécois Pierre-Hugues Boisvenu, qui s'est fait connaître au Québec en défendant les droits des victimes d'actes criminels violents.

LA PRESSE CANADIENNE

Les conservateurs détiennent maintenant 51 des 105 sièges du Sénat, contre 49 aux libéraux. Ce n'est pas encore la majorité absolue puisqu'il y a deux sénateurs progressistes-conservateurs, deux indépendants et une sénatrice sans affiliation politique.En quelque 12 mois, Stephen Harper a donc nommé 32 sénateurs - plus que tout autre premier ministre en un an - même s'il avait promis, en arrivant au pouvoir, de ne nommer que des sénateurs qui auraient été élus dans leur province.

À ces nominations, il faut aussi ajouter celle de Michael Fortier, en février 2006, qui avait obtenu un poste au Sénat en même temps qu'il devenait ministre des Travaux publics et responsable de la grande région de Montréal. M. Fortier a démissionné en septembre 2008 afin de briguer les suffrages pour les conservateurs dans la région de Montréal, mais il a été battu.

Outre M. Boisvenu, M. Harper a nommé Bob Runciman, député conservateur et ancien ministre de la Sécurité publique de l'Ontario; Rose-May Poirier, députée provinciale du Nouveau-Brunswick; Beth Marshall, députée provinciale de Terre-Neuve; et Vim Kochhar, homme d'affaires ontarien.

Stephen Harper a soutenu que ces nominations permettront à son gouvernement d'adopter plus rapidement un train de mesures visant à durcir les peines criminelles.

«Notre gouvernement veut s'attaquer au crime. Depuis notre première élection, c'est l'une de nos principales priorités. Les libéraux abusent de leur majorité au Sénat en bloquant et en vidant de leur substance des mesures sur la loi et l'ordre qui sont requises de toute urgence et qui sont fermement soutenues par les Canadiens», a affirmé M. Harper dans un communiqué de presse.

Le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a tourné au ridicule ces accusations en affirmant que c'est le premier ministre lui-même qui a ralenti l'adoption des projets de loi du gouvernement, d'abord en déclenchant des élections hâtives en septembre 2008, puis en prorogeant le Parlement en décembre dernier.

«C'est une hypocrisie incroyable de sa part», a tonné M. Ignatieff, rappelant au passage les promesses de réformes qu'avait faites M. Harper: «Il a rompu son engagement de réformer le Sénat; maintenant il remplit le Sénat avec ses amis conservateurs.»

Une douzaine de projets de loi visant à modifier le Code criminel sont morts au feuilleton au Sénat à la suite de la décision de M. Harper de proroger le Parlement.

De tous les partis de l'opposition, le NPD s'est montré le plus virulent dans ses attaques. Son chef, Jack Layton, a de nouveau réclamé l'abolition du Sénat, une relique inutile du passé, selon lui. Il a mis au défi le premier ministre de consulter la population canadienne par référendum sur l'avenir de cette institution.

Pour sa part, le Bloc québécois, qui ne ménage habituellement pas ses critiques à l'endroit du Sénat, a fait preuve de retenue. Le député bloquiste Serge Ménard a salué le parcours du nouveau sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, notamment sa croisade en faveur des droits des victimes de crimes violents.

«M. Boisvenu est une personne qui a fait une oeuvre importante. C'est un homme que j'ai toujours respecté et je le respecte encore, même si nous avons parfois des différences d'opinions», a dit M. Ménard.

M. Boisvenu a fondé et préside l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD) à la suite du meurtre de sa fille, Julie, en 2002. Il milite depuis des années pour le durcissement des peines imposées aux jeunes contrevenants reconnus coupables de crimes violents comme les meurtres ou les agressions sexuelles.

M. Boisvenu a indiqué à La Presse qu'il compte poursuivre sa croisade à Ottawa à titre de sénateur. Il a précisé qu'il ne compte pas siéger plus de quatre ans, ce qui devrait être suffisant selon lui pour atteindre ses objectifs.

Le nouveau sénateur, qui a déjà été haut fonctionnaire aux ministères québécois des Loisirs, de la Chasse et de la Pêche, de l'Environnement et de la Faune ainsi qu'à celui des Régions, compte verser son salaire - 135 000$ par année - à l'AFPAD.

«Les gens ne pourront pas dire que je vais à Ottawa pour l'argent. J'ai une mission, j'ai des mandats, j'ai quatre ou cinq dossiers que j'aimerais porter au fédéral. Il faut que je les réalise dans quatre ans. Il faut que j'aie des résultats», a affirmé M. Boisvenu, qui s'est dit favorable à «une rénovation du Sénat de fond en comble».

À l'instar de ceux qui ont été nommés auparavant, les nouveaux sénateurs se sont engagés à soutenir les réformes du Sénat proposées par le gouvernement Harper, dont la limitation de la durée des mandats à huit ans.