Mépris, arrogance, hypocrisie, indignité: c'est le «vrai visage» de Stephen Harper qui est dévoilé dans une vidéo enregistrée lors d'un discours à huis clos, estiment les trois partis de l'opposition à Ottawa.

Mis à jour le 11 sept. 2009
Malorie Beauchemin et Tristan Péloquin LA PRESSE

Dans une allocution prononcée à Sault-Sainte-Marie devant des partisans, la semaine dernière, le premier ministre affirme qu'il est impératif que son parti obtienne une majorité au prochain scrutin, sans quoi le Canada sera gouverné par le Parti libéral «avec l'appui de socialistes et de séparatistes».Le clip vidéo, tourné par un étudiant dans ce rassemblement à huis clos, mais rendu public par Radio-Canada mercredi soir, montre un Stephen Harper sous un nouveau jour, plus agressif, affirmant même qu'un gouvernement libéral s'empresserait de «nommer des idéologues de gauche dans les tribunaux, les institutions fédérales ainsi qu'au Sénat».

«Le vrai Harper»

«Le vrai Harper ressort lorsqu'il pense qu'il ne peut pas être entendu, a estimé le chef libéral, Michael Ignatieff, à Montréal. Cette vidéo nous démontre à quel point Stephen Harper traite ses adversaires avec mépris. Il considère ses adversaires comme des ennemis qu'il faut détruire. Cela mine le travail parlementaire et rend le Parlement impossible à faire fonctionner.»

Pour M. Ignatieff, qui avait écarté le projet de coalition avec le Bloc et le NPD en prenant les rênes du Parti libéral, ces déclarations de M. Harper témoignent d'un «mépris pour les institutions» et pour la tradition parlementaire canadienne. «J'ai déjà refusé une coalition, mais je suis prêt à travailler avec des socialistes et des séparatistes», a ajouté le chef libéral.

M. Ignatieff estime que son parti offre une «alternative modérée, pragmatique et de centre» face à «l'arrogance» du gouvernement Harper.

«Les masques sont tombés»

«Les masques sont tombés. On voit le vrai visage de Stephen Harper, le vieux gueulard réformiste, le gars qui ne veut travailler avec personne et qui sape la confiance du public dans nos institutions démocratiques et nos tribunaux, a pour sa part jugé le député néo-démocrate Thomas Mulcair. C'est un jeu très dangereux pour quiconque, mais dans la bouche d'un premier ministre, c'est tout simplement indigne.»

Le lieutenant politique de Jack Layton au Québec estime que M. Harper «joue le tout pour le tout», en envoyant un message «sectaire». «Il sait qu'il est foutu comme chef s'il n'a pas une majorité après la prochaine élection, alors il a décidé de balancer le Québec par-dessus bord et de faire appel aux plus bas instincts de sa base en tapant sur les choix démocratiques des Québécois», a souligné M. Mulcair, jugeant «hypocrites» les commentaires du premier ministre sur les nominations politiques, alors qu'il vient tout juste de nommer une série de sénateurs et de magistrats.

En privé, en public

«Ce qui est choquant, c'est qu'il a une attitude tout à fait différente en privé et en public», a critiqué le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Le chef bloquiste constate que le premier ministre «parle des deux côtés de la bouche» lorsqu'il dénonce l'idée de travailler avec le Bloc québécois et le NPD, rappelant qu'en 2004, M. Harper, alors chef de l'opposition, était prêt à former une alliance avec les mêmes «séparatistes et socialistes» dans l'éventualité d'un vote de défiance à l'égard du gouvernement libéral de Paul Martin.

Mais l'allocution prononcée à huis clos, devant une foule partisane, pourrait bien donner le ton à la prochaine campagne électorale. Le Parti conservateur semble résolu à brandir la menace de la défunte coalition qui a tenu en haleine la classe politique d'Ottawa pendant quelques jours en décembre dernier, avant de mourir dans l'oeuf.

«On est à l'aise de continuer à gouverner avec le statut minoritaire actuel parce qu'on pense que des élections ne sont pas nécessaires, a dit hier l'attaché de presse du premier ministre, Dimitri Soudas. Mais si des élections ont lieu dans les prochaines semaines, si le Parti conservateur n'obtient pas une majorité, il ne faut pas exclure le risque d'avoir un gouvernement de coalition mené par Michael Ignatieff et appuyé par Jack Layton et Gilles Duceppe.»