Inquiets de se voir talonner par les libéraux fédéraux au Québec, les stratèges du Bloc ont décidé de frapper fort en lançant une vaste campagne publicitaire qui attaquera personnellement les chefs du PLC et du PC, Michael Ignatieff et Stephen Harper.

Denis Lessard LA PRESSE

La campagne, destinée aux quotidiens et aux panneaux routiers, devait être rendue publique cet après-midi, après avoir été d'abord présentée au caucus extraordinaire des députés bloquistes à Québec. Il semble toutefois qu'on reportera cette diffusion : le Bloc veut lancer l'opération dans les médias le 28 septembre. On ne sait pas encore si elle s'inscrira dans le cadre de la campagne électorale ou si le déclenchement des élections suivra de quelques jours. Si tous les partis de l'opposition s'unissent pour défaire le gouvernement, les conservateurs de Stephen Harper pourraient être renversés le 17 septembre ou le 8 octobre selon l'échéancier des Communes.

Un même «regard»

Selon ce qu'a appris La Presse, la publicité du Bloc présentera côte à côte les photos de Stephen Harper et Michael Ignatieff. Une moitié de visage seulement, avec des images peu flatteuses. Le message martèlera que les deux hommes portent «le même regard» sur le Québec.

La publicité, qui sera aussi diffusée à la radio, assimilera les positions de MM. Harper et Ignatieff sur l'environnement, la TPS, la foresterie et même la «nation québécoise».

L'utilisation de l'image du chef adverse n'est pas courante dans la publicité politique québécoise - le Reform Party s'était tristement illustré à l'époque avec des photos peu flatteuses de Jean Chrétien. Les conservateurs n'y étaient pas non plus allés de main morte avec Stéphane Dion, mais ils avaient dû s'excuser quand, dans une de leurs animations, un oiseau laissait tomber ses fientes sur le chef libéral.

À l'interne, chez les bloquistes, certains jugeaient qu'il était risqué de lancer la campagne avec un message négatif, qui viendrait renforcer l'idée que les troupes de Gilles Duceppe sont inquiètes de l'issue des prochaines élections.

Après des hésitations, une analyse a dominé: bien que le PLC soit proche du Bloc dans les sondages, son chef, Michael Ignatieff, est à peine plus populaire que Stephen Harper au Québec. C'est pour eux le point faible à exploiter. Coïncidence, les stratèges libéraux paraissent avoir fait la même lecture: en anglais, la publicité du PLC sur le web montre un Michael Ignatieff en chef d'État potentiel. Dans le message en français, le libéral se fait bien plus agressif et attaque «l'irresponsable» Stephen Harper.

Une première au Bloc

Rappelons que le parti de Gilles Duceppe s'est souvent illustré par la force de ses messages publicitaires, qui jamais ne tentaient de diaboliser l'adversaire ni ne s'en prenaient directement au chef des autres partis.

Ainsi, en plein scandale des commandites, aux élections de 2004, le Bloc n'avait pas tourné ses canons vers les libéraux de Paul Martin, mais avait adroitement souligné son statut particulier aux Communes avec le slogan «Un parti propre au Québec». Même attitude « positive » l'année suivante; le message du Bloc était «Heureusement, ici, c'est le Bloc» lors des élections de 2005, que les conservateurs avaient remportées, minoritaires. Pendant la campagne de l'an dernier, on n'avait pas davantage frappé les adversaires. La publicité du Bloc se contentait de promettre que le parti serait «Présent» pour défendre les intérêts du Québec aux Communes.

Les conservateurs avaient alors versé dans la publicité négative, s'en prenant personnellement à Stéphane Dion. Au Québec, le ministre-sénateur Michael Fortier n'avait pas été en reste avec un panneau publicitaire installé sur un camion pour critiquer le Bloc, une stratégie qui avait irrité bien des électeurs.

Cette fois, les stratèges du Bloc sentent davantage de pression que par le passé. Un sondage Léger Marketing a montré la fin de semaine dernière que le PLC obtient 30% des intentions de vote au Québec, seulement cinq points de moins que le Bloc québécois. Le parti de Gilles Duceppe demeure largement en tête chez les francophones mais, dans les cercles souverainistes, on craint que, avec de tels scores, les libéraux ne puissent ajouter une bonne dizaine de circonscriptions aux 14 qu'ils détiennent déjà au Québec.