Le Parti libéral souhaite déclencher des élections à la première occasion. Dans un discours devant les députés, sénateurs et stratèges de son parti, mardi, le chef Michael Ignatieff a causé une commotion en déclarant qu'ils ne supporteraient plus le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Hugo de Grandpré LA PRESSE

Les Canadiens pourraient donc être appelés aux urnes le 26 octobre. Le gouvernement Harper a en effet laissé planer la possibilité de faire voter la Chambre des communes sur l'approbation de crédits budgétaires dès le 14 septembre, journée de la rentrée parlementaire.

Selon un autre scénario électoral, le scrutin se tiendrait le 9 ou le 16 novembre. Cela suppose que le gouvernement soit défait au cours d'un vote de confiance au début du mois d'octobre, sur une motion de défiance du Parti libéral. Michael Ignatieff avait obtenu cette journée de l'opposition supplémentaire lors de ses négociations avec le premier ministre Harper en juin dernier.

Dans un cas comme dans l'autre, Michael Ignatieff et ses députés ont indiqué qu'ils ne faisaient plus confiance au gouvernement et qu'ils étaient résolus à le défaire dès que l'occasion se présenterait.

«Après quatre ans de dérapage, de déni, de division et de discorde, le temps de Stephen Harper est terminé», a-t-il lancé devant la foule de sénateurs et députés l'applaudissant à tout rompre. «Le Parti libéral ne peut plus soutenir ce gouvernement incompétent. Stephen Harper doit rendre des comptes. Désormais, nous nous opposerons à lui.»

Surprise

Cette prise de position a causé une certaine surprise jusque dans les rangs des libéraux où, encore mardi matin, des députés disaient ouvertement qu'ils préféraient attendre avant de se lancer en campagne.

Selon des sources, Michael Ignatieff a annoncé sa décision finale vers 11 h à son comité de stratégie réuni dans une salle du Holiday Inn de Sudbury. Le comité de stratégie, qui se réunit chaque matin avec le chef, est un groupe de proches conseillers dont font partie les députés Bob Rae, Dominic LeBlanc, Denis Coderre et Marlene Jennings.

Auparavant, les caucus régionaux s'étaient réunis pendant deux heures pour se prononcer sur leur désir de se lancer en campagne. Des membres de l'entourage du chef étaient présents dans ces réunions pour prendre acte des différentes opinions. Toujours selon des sources, la plus grande opposition est venue du caucus de l'Ontario, où les parlementaires se sont dits le plus inquiets. Le caucus du Québec aurait pour sa part fait savoir à M. Ignatieff qu'il se rangerait derrière lui, quelle que soit sa décision.

Après l'annonce de leur chef, les libéraux se sont affairés à diminuer l'importance de ces divergences d'opinions. «Nous nous sommes parlé tout l'été, a noté le député Bob Rae. Et je pense que ce que le chef a dit aujourd'hui reflète de manière puissante non seulement ce que les membres du parti pensent, mais ce qu'il pense lui aussi. Ce que nous avons vu aujourd'hui, c'est Michael Ignatieff qui parle avec sa tête et avec son coeur.»

Échec aux tests

Le chef libéral a expliqué sa décision en disant que Stephen Harper n'avait pas satisfait aux conditions qu'il avait établies au printemps. «En juin, nous avons établi quatre tests pour Stephen Harper», a-t-il dit en parlant de cette négociation qui avait tenu la colline parlementaire en haleine pendant trois jours, mais qui s'était soldée par l'annonce de M. Ignatieff qu'il laissait le gouvernement survivre pour l'été. «M. Harper, vous avez échoué aux quatre tests», a-t-il lancé.

Ces conditions incluaient la tenue d'un comité bipartite avec les conservateurs pour discuter de réformes à l'assurance emploi. «Aucune proposition n'est venue. Rien que des manigances», a dénoncé le chef libéral.

La balle est donc dans le camp des autres partis de l'opposition, qui pourraient à leur tour décider de permettre au gouvernement Harper de survivre. Une indication en ce sens a été fournie par le NPD. Le député d'Outremont, Thomas Mulcair, a en effet déclaré que son parti souhaitait que le Parlement fonctionne et qu'il jugerait de chaque dossier au cas par cas. Le Bloc québécois doit faire connaître sa position aujourd'hui.