L'ancien premier ministre Jean Chrétien s'est vu décerner lundi l'Ordre du mérite par la reine Élisabeth II pour souligner sa longue et fructueuse carrière politique.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

L'Ordre du mérite est un groupe très sélect qui ne compte que 24 personnalités à la fois. Cet honneur a été institué en 1902 par le roi Édouard VII pour récompenser les mérites artistiques, littéraires, scientifiques et les années de service public de certaines personnes. Il est accordé par la souveraine à sa discrétion. L'ancien premier ministre libéral Lester B. Pearson a été le dernier Canadien à recevoir cet honneur, en 1971.

L'ancien premier ministre William Lyon Mackenzie King a également obtenu cette distinction en 1947. La reine décerne rarement l'Ordre du mérite à des étrangers. L'ancien président d'Afrique du Sud, Nelson Mandela, est un membre honoraire de ce groupe. Parmi les autres personnalités internationales à avoir été reconnues ainsi, on trouve Mère Teresa en 1983, le docteur français Albert Schweitzer en 1955 et le général américain Dwight Eisenhower en 1945.

L'ancienne première ministre de la Grande-Bretagne, Margaret Thatcher, a aussi été décorée de l'Ordre du mérite.

«La Reine est heureuse de nommer le très honorable Jean Chrétien, l'ancien premier ministre du Canada, à titre de membre de l'Ordre du mérite», peut-on lire dans un communiqué émis par le bureau de presse de la couronne britannique.

Dans une entrevue accordée à La Presse, M. Chrétien s'est dit touché par le geste de la reine Élisabeth II.

«C'est un beau cadeau de la reine. Il n'y a pas beaucoup de Canadiens qui l'ont reçu. C'est un compliment intéressant de Sa Majesté. C'est toujours agréable que l'on reconnaisse le travail que nous avons fait. Je l'accepte avec plaisir et humilité», a affirmé M. Chrétien, qui est âgé de 75 ans.

«Comme le disait Winston Churchill, on ne cherche pas de tels honneurs. Mais quand on les reçoit, on ne les refuse pas. Churchill a d'ailleurs été membre de l'Ordre du mérite. C'est un choix que la reine fait», a dit celui que les Canadiens ont affectueusement appelé le «p'tit gars de Shawinigan» durant sa carrière politique.

Longue carrière politique

L'ancien premier ministre, qui a dirigé le Canada de 1993 à 2003 et a conduit le Parti libéral à trois victoires majoritaires de suite, est aussi décoré de l'Ordre du Canada. M. Chrétien a eu une longue carrière politique, qui s'est échelonnée sur 40 ans.

En plus d'avoir occupé le poste de premier ministre, M. Chrétien a été à la tête de plusieurs ministères importants dans le gouvernement libéral de Pierre Trudeau. Il a notamment été ministre de la Justice, des Finances, de l'Industrie, des Affaires autochtones et du Conseil du Trésor, entre autres choses.

Le gouvernement libéral de Jean Chrétien s'est surtout démarqué en réussissant à éliminer en quatre ans seulement le déficit de 38 milliards de dollars dont il avait hérité à son arrivée au pouvoir en 1993. Le gouvernement fédéral a par la suite enregistré des surplus pendant 11 ans de suite avant de sombrer de nouveau dans l'ornière des déficits au cours du dernier exercice financier. Le déficit de 2009-2010 devrait atteindre les 50 milliards de dollars.

Dans le domaine des affaires étrangères, le gouvernement Chrétien a été louangé pour avoir refusé de participer à la guerre en Irak, malgré les pressions de l'administration américaine de George W. Bush.

En entrevue, hier, M. Chrétien a souligné avoir eu l'occasion de rencontrer la reine Élisabeth II à plusieurs reprises en tant que ministre ainsi qu'en tant que premier ministre.

«Je la connais depuis très longtemps. J'ai travaillé beaucoup avec elle. En 1970, nous avions passé, ma femme Aline et moi, une semaine avec la famille royale dans les Territoires du Nord-Ouest à l'occasion du centenaire de ce coin de pays. Je l'ai rencontrée à plusieurs reprises par la suite, notamment aux sommets du Commonwealth lorsque j'étais premier ministre», a rappelé M. Chrétien, qui travaille aujourd'hui à titre d'avocat-conseil au cabinet de Heenan Blaikie.

«Évidemment, c'est un honneur pour le Canada et pour mes collaborateurs aussi. Cela souligne les succès que nous avons eus comme gouvernement. Je pense que beaucoup de gens sont un peu nostalgiques de la période que nous avons eue en tant que premier ministre et que gouvernement. Je fais des blagues avec les gens, mais on a de la difficulté à avoir des gouvernements majoritaires depuis que je suis parti», a encore dit l'ancien premier ministre.

Le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a tenu à rendre hommage à M. Chrétien à la suite de cette annonce. «Je suis très fier de féliciter M. Chrétien pour son accession à l'Ordre du mérite, un honneur prestigieux décerné par la Reine Élisabeth II. L'Ordre du mérite (...) est un hommage grandement mérité rendu à un grand Canadien. Depuis sa première élection à une charge publique en 1963 jusqu'à sa retraite politique en 2003, après l'un des plus longs mandats de premier ministre de l'histoire du pays, M. Chrétien nous a légué une tradition inégalée d'excellence dans le service public», a dit M. Ignatieff dans un communiqué de presse.

Les membres de l'Ordre du mérite se réunissent une fois l'an.

La reine au Canada

La reine Élisabeth II sera d'ailleurs en visite au Canada en 2010, en compagnie de son mari, le duc d'Édimbourg. Les dates et les lieux visités ne sont pas encore connus. Ce sera la 25e visite au Canada de la souveraine depuis son accession au trône en 1953, la dernière remontant à 2005.

Le prince Charles, héritier de la couronne britannique, et sa femme, la duchesse de Cornouailles Camilla, feront pour leur part une visite au Canada en novembre prochain. Le couple se rendra à Terre-Neuve-et-Labrador, en Ontario, au Québec, en Colombie-Britannique et dans la capitale nationale, Ottawa.