Au cours des 10 dernières années, la Défense nationale a dépensé plus de 1,1 milliard de dollars pour l'achat d'uniformes.

Mis à jour le 12 janv. 2009
André Duchesne LA PRESSE

Selon un document que La Presse a obtenu grâce à la Loi sur l'accès à l'information, le coût total des achats a atteint 1 101 100 676,75$ entre les années financières 2000 et 2009.

Les chiffres couvrent tant les uniformes de combat que ceux d'apparat, pour l'armée de réserve comme pour les forces actives de terre, de l'air et de la marine, précise la Défense nationale.

«Au cours des dernières années, il y avait des efforts à faire pour moderniser les uniformes des soldats, en matière de camouflage, par exemple, observe Peter Kitchen, éditeur de la Canadian Defence Review, une publication ontarienne. Rappelez-vous ces images des soldats canadiens en Afghanistan vêtus d'uniformes verts, non adaptés pour le désert.»

Il reste que le chiffre de 1,1 milliard étonne M. Kitchen. «Je crois que la politique d'achat de la Défense veut que les fournisseurs soient canadiens. Or, certains prix pourraient être moins élevés si le marché était complètement ouvert.»

Le coût total des achats peut aussi être décortiqué d'une autre façon. Si on tient compte des chiffres avancés par le ministère de la Défense nationale, on compte actuellement 62 000 membres dans la force active et 25 000 (dont 4000 à cheval) dans la réserve. Si on répartit le coût total des achats sur 10 ans, divisé par le nombre total de soldats (87 000), on arrive à 1265,63$ par militaire par année. Il faut en revanche compter que le nombre de militaires a oscillé entre 60 000 et 87 000 pendant cette décennie.

Habillez le soldat

Une partie des dépenses des Forces pour les uniformes a été engagée dans le cadre du projet «Habillez le soldat» lancé en septembre 1996. Approuvé par le Conseil du Trésor, ce projet, évalué à 375 millions de dollars, avait pour but de combler des lacunes considérées comme «importantes» dans les articles d'habillement et de protection des militaires.

«La plupart des tenues et des équipements personnels existants sont issus d'une technologie et d'une conception dépassées, disait-on à l'époque. Au fil des années, on a noté un certain nombre de lacunes opérationnelles spécifiques et l'on s'est aperçu que bon nombre d'articles ne sont pas tout à fait compatibles entre eux, ce qui limite leurs possibilités, efficacité et confort.»

Dans l'ensemble, le projet avait pour but de doter les militaires de 24 nouveaux articles compatibles entre eux, notamment de casques et de couvre-chefs, de protection contre les balles, de lunettes, bottes, vêtements de corps, gants, etc.

Au départ, le projet devait équiper 40 000 soldats. Ce nombre a été porté à 50 000 en 2000.

Selon Yves Bélanger, professeur de sciences politiques et spécialiste des questions militaires à l'Université du Québec à Montréal, le budget initial d'Habillez le soldat était de 245 millions. Mais les résultats sont tout de même probants si on les compare à ceux d'autres programmes de la Défense : «Il faut mettre les choses en perspective, dit M. Bélanger. Le gouvernement a consacré 5 milliards aux hélicoptères Cormorant, qui sont cloués au sol les trois quarts du temps. Or, on savait avant le début de ce programme qu'il y avait des problèmes (notamment de microfissures) avec ces hélicoptères.»

Il porte un regard aussi sévère sur l'achat des quatre sous-marins de la classe Victoria à la fin des années 90. En revanche, les nouveaux uniformes ont fait leurs preuves sur le terrain : ils sont efficaces et mieux adaptés aux opérations actuelles.

Projet d'équipement intégré

Le programme Habillez le soldat n'est pas encore terminé qu'un autre est en train de voir le jour. Le Projet d'équipement intégré du soldat doit en effet être lancé en 2011 et s'échelonner sur plusieurs années. Doté d'une enveloppe de plusieurs centaines de millions de dollars, il doit permettre de doter les militaires d'uniformes de protection contre les agents chimiques, biologiques et toxiques et d'ajouter un système de visée intégré au casque militaire.

-Avec la collaboration de William Leclerc