Le taux de suicide au Québec n'a jamais été aussi bas en près de 30 ans, signe que la prévention porte ses fruits. Ces données sont particulièrement observables chez les moins de 20 ans.

Mathieu Gobeil LA PRESSE

Selon l'Institut de la statistique du Québec, 1103 personnes se sont suicidées dans la province en 2008, soit trois personnes par jour. Toutefois, le taux de suicide a diminué en moyenne de 4% depuis 10 ans pour se situer à 14 décès pour 100 000 personnes en 2008.

 

«Ces données sont encourageantes. Le sujet est moins tabou, on sort le suicide de nos maisons, et cela contribue à faire diminuer le nombre de suicides dans la province», a déclaré le directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), Bruno Marchand, à l'occasion de la 20e Semaine de prévention du suicide, qui se déroule jusqu'au 6 février.

Autre donnée porteuse d'espoir: on note une diminution de 12% du taux de suicide chez les moins de 20 ans. «La prévention a surtout ciblé les jeunes au cours des dernières années. Un mythe persiste selon lequel les jeunes sont plus à risque, mais ce n'est plus le cas», mentionne Brian Mishara, directeur du Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie de l'UQAM. Les moins de 20 ans ont maintenant le taux de suicide le plus bas par groupe d'âge, avec huit suicides pour 100 000 personnes.

À l'opposé, les hommes de 35 à 49 ans demeurent les plus à risque, avec un taux de 33 suicides pour 100 000 personnes.

Malgré les progrès, le Québec trône toujours au sommet du palmarès canadien en la matière. Il se compare à des pays comme la Suisse ou la France, alors que le Canada, avec un taux de 10 suicides pour 100 000 habitants, se compare à l'Australie ou aux États-Unis.

Selon Brian Mishara, le travail des coroners au Québec explique en partie cette différence. «Les suicides sont bien comptabilisés au Québec. Il n'y a pas beaucoup de décès dont les causes restent indéterminées, contrairement aux autres provinces.»

La religion jouerait aussi un rôle. «On sait que le Canada anglais est plus pratiquant. Or, la religion est un facteur de protection. Elle crée un sentiment d'appartenance à une communauté qui renforce les liens sociaux et contribue à prévenir le suicide», précise Bruno Marchand.

Il souligne l'importance des lignes d'assistance au suicide. «Nous recevons 33 000 appels par année au numéro de l'AQPS. Et notre ligne d'assistance n'est pas la seule à offrir ce service.»

 

Quelques données

> Nombre de suicides en 2008 au Québec : hommes : 842; femmes : 260

> Taux de suicide, pour 100 000 personnes au Canada : 10,2

> En Abitibi-Témiscamingue : 20,4

> Au Québec en 2008: 14,2

> Au Québec, en 2008, chez les 15-19 ans : 8,3

> Chez les 20-34 ans : 15,3

> Chez les 35-49 ans : 21,5

> Chez les 50-64 ans : 19,3

> Chez les 65 ans et plus : 12,1

Source : Institut national de santé publique du Québec