Guy Gionet, président directeur-général de la SOLIM, bras immobilier du Fonds de solidarité de la FTQ, doit quitter son poste après une vérification interne.

Mis à jour le 12 mai 2009
Denis Lessard LA PRESSE

L'enquête a soulevé des doutes quant au bien-fondé de sa décision en faveur d'entreprises où se trouve Ronald Beaulieu, sympathisant des Hells Angels, a appris La Presse.

Les dirigeants de la SOLIM ont vite tranché, hier, après avoir reçu le rapport d'André MacDonald, le comptable responsable du contrôle financier du Fonds de solidarité. M. Gionet a été rencontré par la suite - la SOLIM devait rompre son lien d'emploi avec son patron. Le Fonds prend ses distances et en parle désormais comme du «commandité», parce qu'il était responsable des sociétés en commandite où intervenait le Fonds de solidarité de la FTQ.

Le verdict du Fonds sur M. Gionet tombe au moment où la Sûreté du Québec est au milieu d'une large enquête sur les investissements consentis par la SOLIM, enquête ouverte après que la police eut été mise au fait de liens entre certains dirigeants de la FTQ et des représentants du monde interlope.

Informé de telles allégations, en septembre 2008, Michel Arsenault, président de la FTQ, a demandé et obtenu le départ des deux patrons de la FTQ-Construction, Jean Lavallée et Jocelyn Dupuis. Le syndicat a par la suite expliqué le départ forcé de M. Dupuis par la «découverte» de notes de frais faramineuses - un train de vie que M. Dupuis maintenait depuis plusieurs années.

Hier au Fonds de solidarité, s'est toutefois enfermé dans le mutisme sur les résultats de la vérification touchant les dossiers de Ronald Beaulieu. Me Mario Tremblay, vice-président communications du Fonds, a remis toute annonce de décision «aux prochains jours».

M. Gionet avait été nommé en 2004, à l'époque où Jean Lavallée, ex-patron de la FTQ-Construction, régnait sur la SOLIM. Auparavant, cet évaluateur dans le secteur immobilier avait travaillé chez CB Richard Ellis, après un passage au Crédit foncier.

Il s'était retrouvé au coeur d'un dossier controversé : à Québec, la SOLIM, dirigée par M. Gionet, est venue chercher, en décembre dernier, 2,6 millions de dollars qu'elle avait déposés dans le compte bancaire de la société Production TIPI.

Le directeur de la caisse populaire concernée, qui venait d'être nommé, fin 2008, a annoncé sa retraite le mois dernier.

Le producteur qui s'estimait lésé, Laurent Gaudreau, a déposé une plainte au criminel et poursuit présentement la caisse populaire. Dans ce projet, la SOLIM, dirigée par MM. Lavallée et Guy Gionet, était intervenue pour qu'on fasse une place à Denis Vincent, un pilote d'hélicoptère qui a déjà été proche des Hells de la Mauricie.

Le Fonds de solidarité a demandé la semaine dernière au procureur de la SOLIM dans ce dossier de se récuser parce qu'il avait en même temps des mandats de l'entrepreneur Tony Accurso.

Départ de Gionet

M. Gionet avait été «suspendu temporairement» de ses fonctions, la semaine dernière, officiellement, parce que la SOLIM avait injecté 1 million dans l'entreprise 9124-6215 pour un projet de revitalisation commerciale sur la Rive-Sud. Le vice-président Mario Tremblay avait précisé à La Presse, au moment de la suspension de M. Gionet, que le Fonds voulait «vérifier l'adéquation» entre le prêt accordé par la SOLIM en mars 2008 et les documents signés au mois de septembre suivant.

Pour Me Tremblay, Ronald Beaulieu n'était pas partenaire au moment de la transaction. «Le projet exigeait la démolition du commerce adjacent aux terrains», disait-il - en fait, il s'agissait d'un vieux bar de danseuses - pour construire un centre commercial comme le DIX30 à Brossard.

Selon les sources de La Presse, M. Gionet connaissait les antécédents criminels de M. Beaulieu: «Il s'était porté garant de tout ça et le Fonds a jugé que ce n'était pas terrible comme décision», explique-t-on.

Rappelons que, la semaine dernière, le Fonds de solidarité a édicté de nouvelles règles de gouvernance pour la SOLIM: un code d'éthique sera appliqué par un comité externe. Pour la première fois depuis 1991, on ne trouve plus de représentant de la FTQ-Construction à la barre du bras immobilier de la FTQ.

Ronald Beaulieu avait été épinglé en 2002 comme joueur important dans un réseau de prêt usuraire, affilié aux Hells Angels.

Il n'a jamais été membre en règle, mais a toujours été vu par les milieux policiers comme un sympathisant des motards. La police savait depuis longtemps qu'il s'était rapproché du milieu de la construction.

La SOLIM était intervenue dans d'autres entreprises de M. Beaulieu. Le cas le plus embarrassant pour le Fonds, a-t-on appris, reste un investissement de 1,75 million en plus d'une caution de 1,5 million de la SOLIM dans Fourniture d'hôtellerie Pascal, qui appartenait à M. Beaulieu.

La SOLIM avait aussi prêté 2 millions à un centre commercial de M. Beaulieu, Galerie des Îles, à Port-Cartier.