blank_pageL'ancien premier ministre du Québec Bernard Landry tourne le dos à Quebecor, et deux fois plutôt qu'une. Non seulement il a décidé de ne plus collaborer avec le Journal de Montréal pendant le lock-out, mais il reproche aussi à l'entreprise de ne pas respecter «l'esprit» de la loi anti-briseurs de grève. Un autre chroniqueur, Gilles Proulx, suivra son exemple, a appris La Presse.

Mis à jour le 1er févr. 2009
Violaine Ballivy LA PRESSE

Bernard Landry explique qu'il a pris sa décision après avoir reçu la confirmation que, depuis le début du lock-out, samedi dernier, la mise en pages du journal de la rue Frontenac n'est plus faite à Montréal mais à Toronto. Une situation «qui ne peut qu'enlever du travail à des gens d'ici et créer une dépendance dans un secteur crucial», dit-il.«Pour moi qui ai passé l'essentiel de ma vie à contribuer à la création d'emplois, ce fait est incompatible avec la poursuite de ma collaboration. Cela va à l'encontre de mes idéaux», ajoute-t-il.

L'ex-premier ministre affirme que, en agissant de la sorte, Quebecor ne respecte pas «scrupuleusement» la loi anti-briseurs de grève adoptée par un gouvernement péquiste en 1977. «Ce sera à un juge et aux tribunaux de décider si Quebecor enfreint la loi, mais il n'en respecte plus l'esprit, et c'était l'un de mes critères pour poursuivre ma collaboration», a-t-il précisé en entrevue à La Presse.

Au cours des derniers jours, Bernard Landry avait fait l'objet de plusieurs critiques sur la place publique parce qu'il continuait à signer des chroniques dans le Journal de Montréal alors que plusieurs autres chroniqueurs, dont l'abbé Raymond Gravel, le hockeyeur Martin Brodeur et l'environnementaliste Daniel Green, avaient mis un terme à leur collaboration.

Bernard Landry avait alors justifié sa position en indiquant qu'il avait de la sympathie pour les deux parties. «J'ai voté la loi anti-scab, qui est une loi extraordinaire. S'il y avait des illégalités de ce côté ou de la part de l'une des deux parties, ça dicterait ma conduite.»

Le président du syndicat des travailleurs du Journal de Montréal, Raynald Leblanc, a accueilli avec soulagement cette nouvelle, bien que M. Landry n'ait pas appuyé les revendications du syndicat. «J'espère que d'autres chroniqueurs vont suivre son exemple. Plus ils seront nombreux à se retirer, plus Quebecor aura du mal à produire le journal», a-t-il relevé.

Bernard Landry n'a pas demandé aux autres chroniqueurs de suivre son exemple, pas même à l'ancien ministre Joseph Facal. «Qu'ils suivent leur conscience», a-t-il dit. Le porte-parole du Parti québécois en matière de relations du travail, François Rebello, a refusé hier de commenter les positions de ces deux ex-élus péquistes.

Gilles Proulx aussi

La Presse a appris que Gilles Proulx, de son côté, emboîtera le pas à M. Landry et cessera à son tour de collaborer avec Quebecor. «Je ne peux pas continuer si Landry démissionne pour des raisons morales, ce serait vraiment de l'entêtement de ma part. Je passerais pour un réactionnaire», a-t-il dit à La Presse. Les quatre derniers textes de Gilles Proulx, envoyés avant le début du lock-out, devraient être publiés au cours des deux prochaines semaines.

Quebecor «désolée»

Quebecor a réagi aux propos de Bernard Landry par la publication, hier soir, d'un communiqué dans lequel elle affirme respecter le Code du travail du Québec et les lois en vigueur dans la province. «La préparation du quotidien de même que ses activités de commercialisation et de ventes se poursuivent également grâce aux employés syndiqués du Journal de Montréal.» Quebecor s'est dite «désolée» de la décision de Bernard Landry.