La rédaction du Journal de Montréal connaît le premier conflit de travail de son histoire. Quebecor est passé de la parole aux actes et a décrété un lock-out dans la nuit de vendredi à hier.

Mis à jour le 25 janv. 2009
Violaine Ballivy LA PRESSE

C'est une mauvaise nouvelle que les 253 employés du quotidien de la rue Frontenac attendaient depuis quelques semaines déjà. «Nous sommes déçus, mais pas surpris. Les négociations n'allaient nulle part», a lancé Denis Tremblay. Avec des collègues, il a dressé les piquets de grève vers 10h hier matin, dans un vent glacial, devant les portes closes du journal, gardées par des agents de sécurité. Les syndiqués se préparaient à un conflit long et difficile. «On a des alliances, un fonds de grève imposant, on a l'intention de livrer une bataille très dure. On ne va pas céder», a dit hier le président du syndicat affilié à la CSN, Raynald Leblanc. Un retour à la table des négociations n'est pas sur l'écran radar.

 

La présidente et éditrice du Journal de Montréal, Lyne Robitaille, s'est adressée directement aux lecteurs pour justifier le geste de Quebecor dans une mise au point publiée en pages 2 et 3 du quotidien d'hier. Elle y affirme que le lock-out était «inévitable».

«Le syndicat a choisi de livrer bataille pour préserver des privilèges qui appartiennent au passé, tout en se drapant de ses plus beaux habits pour tenter de faire croire qu'il s'agit d'un débat sur la qualité de l'information, ce qui n'est aucunement le cas.» «Devant pareille intransigeance, nous n'avons donc pas eu d'autre choix», écrit-elle.

Selon Quebecor, la convention collective en vigueur est l'une des plus généreuses de l'industrie des médias en Amérique du Nord. Elle a été signée alors que la presse écrite vivait une période prospère. Les temps ont changé. Les profits du quotidien sont en baisse. «La semaine de travail de 30 heures sur quatre jours n'a plus de sens», dit Mme Robitaille. Elle souligne aussi qu'il n'est plus possible de payer aux employés six semaines de vacances à taux majoré de moitié.

Dans le camp opposé, le président du syndicat, Raynald Leblanc, réplique que des avancées importantes avaient été faites au cours des derniers jours, notamment au sujet du multitâche et de la semaine de travail. Le syndicat aurait notamment accepté de la faire passer de 30 à 37,5h en quatre jours. «On veut bien assurer la pérennité de notre entreprise, mais pas au détriment de nos jobs», nuance toutefois M. Leblanc. Il soutient que l'employeur veut éliminer 75 emplois en plus d'exiger des baisses de salaire de 25% au service des petites annonces et une réduction de 20% des avantages sociaux dans tous les secteurs.

La publication continue

Le Journal de Montréal continuera d'être publié pendant toute la durée du conflit de travail. Il sera alimenté par les agences de presse, dont QMI, une agence créée fin 2008 par Quebecor et qui regroupe le contenu produit par les autres membres de ce géant de l'édition. Une vingtaine de cadres reprendront du service à la mise en pages et à la rédaction.

Les syndiqués auront la situation à l'oeil. Le 12 décembre dernier, la Commission des relations du travail a jugé que Quebecor avait utilisé des briseurs de grève dans le conflit au Journal de Québec en faisant appel à deux agences créées au moment du lock-out.

Par ailleurs, les chroniqueurs Jacques Demers et Martin Brodeur ont avisé la direction que, par solidarité avec les syndiqués, ils cessaient leur collaboration au journal. Le syndicat a demandé par écrit, hier, aux autres chroniqueurs non syndiqués de suivre cet exemple.

Les journalistes lanceront aussi la semaine prochaine le site ruefrontenac.com, sorte de version électronique du Média Matin qu'avaient lancé les employés du Journal de Québec pendant le lock-out, l'an dernier.