Benoit Corbeil n'aura pas droit aux feux de la rampe une deuxième fois. Un des témoins les plus percutants de la commission Gomery en 2005, inculpé trois ans plus tard de fraude, complot pour fraude et trafic d'influence, a plutôt choisi, hier, de plaider coupable à deux des trois chefs d'accusation déposés contre lui.

Mis à jour le 4 juin 2009
Caroline Touzin LA PRESSE

M. Corbeil a reconnu sa culpabilité aux chefs de fraude et de trafic d'influence. Le troisième chef de complot a fait l'objet d'un arrêt conditionnel. «Pour lui, c'est un soulagement. Ça fait longtemps qu'il traîne ce boulet-là à son pied. C'est une délivrance et il met ça entre les mains de la justice», a souligné son avocat, Me Michel Grenier, à sa sortie de la salle d'audience du palais de justice de Montréal. M. Corbeil, lui, n'a pas fait de commentaires.Benoit Corbeil évite ainsi un procès sur ces infractions qui n'ont rien à voir avec la gestion du programme de commandites, a précisé la Couronne, hier. La fraude a été faite au détriment du Parti libéral du Canada, section Québec. Toutefois, la Gendarmerie royale du Canada, qui a mené l'enquête, a eu la puce à l'oreille sur les agissements de Benoît Corbeil en enquêtant sur le programme de commandites.

Au moment de commettre ces infractions, Benoît Corbeil occupait le poste de coordonnateur régional du Parti libéral du Canada section Québec et ensuite le poste de directeur général du PLC-Q de 1999 à 2001. Corbeil travaillait étroitement dans le comité des finances du Parti avec Giuseppe Morselli, collaborateur principal d'Alfonso Gagliano (ministre responsable du programme de commandites).

Au printemps 1997, M. Corbeil a reçu une somme de 50 000$ en argent comptant d'une entreprise de Saint-Jean-sur-Richelieu pour tenter d'influencer le gouvernement du Canada. À l'époque, le propriétaire de la carrière Bernier, Réal Ouimet, tentait depuis des années d'acheter les terrains propriétés du fédéral et voisins de sa carrière, pour agrandir celle-ci. M. Corbeil lui a offert son aide pour faire progresser le dossier, en échange de cette somme, commettant ainsi l'infraction de trafic d'influence.

À la demande de M. Corbeil, c'est Alain Renaud - témoin clé du scandale des commandites - qui est allé chercher l'argent dans une enveloppe chez M. Ouimet. Il l'a ensuite remis en main propre à M. Corbeil. Après ce paiement, le propriétaire de la carrière n'a reçu aucune nouvelle de M. Corbeil, a précisé la Couronne. «On n'a pas la preuve que M. Corbeil a empoché les 50 000$», a indiqué la procureure de la poursuite, Me Josée Fontaine, hier.

La seconde infraction est une fraude de 117 317$ commise au détriment du PLC-Q. La Cie Art Tellier - propriété de Benoît Renaud, frère d'Alain Renaud - a fait six fausses factures à M. Corbeil. Ce dernier, l'un des seuls signataires du compte du PLC-Q, émettait ensuite des chèques à l'entreprise de Giuseppe Morselli, Buffet Trio. Encore une fois, la Couronne ne sait pas qui a conservé cet argent. «Nous n'avons pas pu faire la preuve que M. Corbeil s'était approprié cet argent», a expliqué Me Fontaine.

La défense entend faire la preuve sur sentence que M. Corbeil ne s'est pas enrichi en commettant cette fraude à l'exception d'un «montant minime», a dit Me Grenier à la juge Suzanne Coupal. Les plaidoiries sur la sentence auront lieu le 10 septembre. La défense plaidera pour une peine à purger dans la communauté, alors que la Couronne demandera une peine d'emprisonnement ferme. Les peines maximales sont de 14 ans pour la fraude et de cinq ans pour le trafic d'influence.

Daphné CameronUN LOBBYISTE AGENT D'INFILTRATION

Un témoin clé de la commission Gomery et démarcheur pour la firme de communications Groupaction était un agent d'infiltration de la GRC, a t-on appris hier lors du plaidoyer de culpabilité de Benoît Corbeil. Alain Renaud un lobbyiste pour Groupaction auprès de la section Québec du Parti libéral du Canada (PLC) de 1996 à 2000 a été recruté par la GRC en novembre 2004, sous le nom de code C4590.

Il aurait été témoin de plusieurs irrégularités commises par Benoît Corbeil aux dépens du PLC au moment où il occupait la fonction de directeur général. La preuve recueillie par Renaud a été utilisée pour justifier l'arrestation de Benoît Corbeil, en avril 2008.

Le rapport Gomery a conclu qu'entre 1996 et 2000, Alain Renaud a reçu une somme de 902 046$ de la part de Groupaction.