Jusqu'à nouvel ordre, le restaurant Les Princesses d'Hochelaga n'offre plus d'alcool à ses clients, mais les serveuses en petite tenue sont toujours à l'ouvrage! «On risque le tout pour le tout», a déclaré l'un des propriétaires, hier, en indiquant qu'il interjetterait appel de la décision de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJ) de lui retirer son permis d'alcool.

Mis à jour le 22 nov. 2008
André Cédilot LA PRESSE

«C'est une question de droits acquis», soutient Raynald Morrissette, en expliquant qu'il a acheté le restaurant avec un associé en 1998, à la suite d'un incendie. Depuis 1994, un règlement municipal interdit toutefois d'exploiter un établissement à caractère érotique dans ce secteur de l'arrondissement d'Hochelaga-Maisonneuve, près du Stade olympique.

 

«Nous pensons être dans notre droit, car le resto est ouvert depuis 1965», allègue Morrissette, qui travaillait auparavant dans le domaine de la construction. Du côté de la Régie, ce n'est pas tant le règlement municipal que le comportement dérogatoire des tenanciers qui l'a incitée, le mois dernier, à confisquer le permis d'alcool du restaurant et les bouteilles qui s'y trouvaient.

Ruses

À en croire le rapport de la RACJ, Morrissette et son associé jouent au chat et à la souris avec la police et les inspecteurs de la Ville depuis près de quatre ans. Alors qu'ils pouvaient servir des boissons seulement aux clients qui prennent des repas, ils ont fait fi des avertissements et des amendes en multipliant les ruses afin de contourner les règlements. Toutes les «recettes» étaient bonnes: falsification de factures, repas gratuits, pizza à 50 cents, spaghetti à 1$, etc.

Quant aux serveuses, à l'encontre de toutes les règles encore une fois, elles étaient presque nues. La plupart du temps, elles se couvraient simplement les hanches d'une minijupe ou d'un paréo transparent. Dans les premiers temps, on présentait aussi des films pornos dans le restaurant, mais on a cessé cette pratique. «On a essayé pendant un mois ou deux avec des serveuses portant un string et ayant les seins cachés, mais le chiffre d'affaires a énormément diminué, de sorte qu'on est revenus rapidement aux serveuses dénudées», a dit Raynald Morrissette avec candeur devant la RACJ.

Quitte à s'expliquer devant ce tribunal administratif, il a aussi fait entendre une serveuse et quelques clients. «On a tenté de porter un haut et un string, mais la clientèle a aussitôt commencé à chuter. Après quelques semaines, on est revenus à l'ancienne manière et tout a repris pour le mieux», a raconté la jeune femme de 28 ans. Détentrice d'un bac en enseignement du français à l'Université de Montréal, elle a travaillé à ce resto de 2005 à 2008.

Selon elle, la clientèle était composée «à 98% d'hommes de 18 à 60, 65 ans». Un des clients interrogés a pour sa part reconnu que «si les serveuses n'avaient pas eu les seins nus, je n'y serais vraisemblablement jamais allé». Certains y prennent le déjeuner ou le dîner presque tous les jours depuis l'ouverture, il y a 10 ans. «Mis à part l'habillement des filles, il s'agit d'un resto comme les autres. On y retrouve l'ambiance d'une brasserie, sauf que les serveuses ont les seins à l'air», de dire l'un d'eux.

Les week-ends, les clients viennent parfois d'aussi loin que New York, Boston et Washington, bien plus pour se rincer l'oeil que de se gaver de bons mets québécois comme les hamburgers et la poutine. D'autant que l'établissement a l'air davantage d'un casse-croûte que d'un restaurant.