Chaque année, le nombre d'élèves expulsés des collèges privés du Québec et accueillis par le réseau public varie grandement. La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a accueilli 79 de ces élèves en 2007-2008 et 66 l'année suivante. À la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), on en a reçu 45 en 2007-2008 et 36 l'année dernière.

Publié le 10 oct. 2009
Ariane Lacoursière LA PRESSE

«On en reçoit en moyenne une quarantaine par année dans nos 12 écoles secondaires. L'impact est très faible», assure la porte-parole de la CSMB, Brigitte Gauvreau.Le directeur du service de l'organisation scolaire à la commission scolaire des Patriotes, Claude Sasseville, n'est pas tout à fait de cet avis : «Si tous mes groupes sont au maximum dans une école, c'est difficile de trouver de la place pour un nouvel élève en milieu d'année. Il faut parfois tout réorganiser. Mais cela arrive assez rarement.»

Selon M. Sasseville, les collèges privés renvoyaient plus facilement leurs élèves il y a quelques années. «C'est bien moins marqué maintenant, dit-il. Les collèges privés gardent un peu plus leur clientèle.»

M. Sasseville croit que la situation s'explique par le fait que les collèges privés n'ont plus un aussi grand bassin de jeunes à aller recruter en première secondaire. «Il y a une limite à ce que tu peux aller chercher comme élèves dans la région, soutient-il. Pour faire de l'argent, les collèges les gardent tout simplement plus longtemps.»

N'empêche que, dans les écoles secondaires publiques, les enseignants accueillent régulièrement des élèves expulsés du privé au milieu de l'année. «Ces jeunes ont principalement eu des problèmes de drogue, de comportement ou de notes», dit Marc Hébert, qui enseigne les mathématiques à l'école secondaire du Grand-Coteau, à Sainte-Julie.

En 2007-2008, M. Hébert a reçu deux élèves expulsés du privé dans une de ses classes. Pour lui, le plus difficile a été le peu d'information qu'on lui a transmise sur eux.

«Quand les jeunes arrivent du privé, on ne sait rien d'eux. Il faut tirer les vers du nez à tout le monde. Les élèves ne parlent pas de ça», dit M. Hébert.

«On ne nous tient pas informés, sauf si le jeune a de graves allergies. Le reste, il faut aller aux nouvelles, et ce n'est pas toujours évident», ajoute Philippe Michaud, qui enseigne au secondaire depuis 1979.

M. Hébert renchérit : «Parfois, le collège privé n'envoie pas le dossier de l'élève avec les notes sur son comportement. Si j'ai un jeune violent, je ne le sais pas. C'est dangereux !»

L'enseignant déplore ce manque de collaboration du privé. Mais il reconnaît que les collèges ne sont pas obligés d'envoyer le dossier de l'élève.

M. Hébert explique toutefois que le principal problème est que des enseignants apprennent «au bout de deux ou trois semaines» que le comportement d'un élève ne va pas, et qu'il est alors «trop tard pour lui accorder des ressources».

Le porte-parole de l'Alliance des professeurs de Montréal, Yves Parenteau, est du même avis. «Ces élèves qui arrivent en milieu d'année se font le plus souvent expulser parce qu'ils ont des problèmes de comportement, dit-il. Ils arrivent et ont besoin de services. C'est plus dur de les leur offrir en milieu d'année, les budgets étant limités. On gère le pire : qui en a le plus besoin. Les plus grandes difficultés ont priorité.»

M. Parenteau ajoute que les nouveaux venus atterrissent souvent dans des classes ordinaires, qui ne sont pas nécessairement adaptées à leurs besoins.

Même s'il est plus difficile d'offrir des services en milieu d'année, «nous, au moins, on a les services», mentionne M. Michaud. «Par exemple, les jeunes qui consomment peuvent aller voir un intervenant en toxicomanie, illustre-t-il. Mais au fil des ans, le secteur public s'appauvrit et les coupes budgétaires se font presque tout le temps dans les services.»

Pour M. Hébert, il est frustrant de voir que les écoles privées peuvent «balayer leurs problèmes ailleurs», mais pas les établissements publics. «Nos classes sont déjà difficiles. Les gens du privé qui arrivent en milieu d'année, c'est un problème de plus. C'est parfois difficile d'accepter que le privé se débarrasse de ses problèmes au lieu de les corriger», dit-il.