Être un «bon» collège privé ne suffit plus. Plusieurs veulent être les meilleurs, sachant l'importance que les parents accordent aux classements quand ils font le choix d'une école.

Publié le 10 oct. 2009
Marie Allard LA PRESSE

«Avec le foutu palmarès, la pression est énorme, a témoigné la direction d'un collège sous le couvert de l'anonymat. En quatrième et cinquième secondaire, ça prend absolument de bons résultats aux évaluations ministérielles. La compétition entre les écoles est de plus en plus présente.»L'écrémage entamé à l'entrée des élèves se poursuit donc au fil du secondaire. «Quand j'étais en quatrième, il y a eu des renvois avant les examens du Ministère», se souvient Maxime, 19 ans, diplômée d'un bon collège de la Rive-Sud.

«Une école privée, ça veut garder sa réputation. Dès que t'es mauvais, on se débarrasse de toi, ajoute Ben, 19 ans, qui a fait son secondaire dans un autre collège réputé de la Rive-Sud. Moi, j'étais borderline.»

Quatre des 10 meilleurs collèges du Québec (au palmarès des écoles 2008 du magazine L'actualité) perdent plus de 16% de leurs élèves entre la première et la cinquième année du secondaire. Il s'agit des collèges Saint-Sacrement, Notre-Dame, Charlemagne et Sainte-Anne. Fait étonnant, l'école Regina Assumpta en perd très peu (-2,41%). «Mais c'est sûrement parce qu'on remplace davantage nos élèves qui partent», indique Pierre Carle, son directeur général.

Des collèges pyramidaux

Plusieurs collèges ont une structure «pyramidale»: ils ont plus de classes au début du secondaire qu'à la fin. La perte d'élèves y est, en quelque sorte, prévue. C'est le cas des collèges Champagneur, Saint-Alexandre, Sainte-Anne et Notre-Dame.

À mots couverts, d'autres écoles privées dénoncent cette pratique. «Chez nous, ce n'est pas pyramidal, il n'y a pas d'écrémage au fur et à mesure que le secondaire se déroule, dit André Métras, directeur général du Séminaire de Sherbrooke. Quand on dit oui à un élève, on veut le garder pour cinq ans.» Résultat: le Séminaire de Sherbrooke est 73e au palmarès, loin du top 10.

Le collège Notre-Dame compte 10 groupes pour chacune des trois premières années du secondaire et neuf pour les deux dernières. Cela veut-il dire que des jeunes sont renvoyés simplement parce qu'il n'y a plus de place? Non, assure Vincent Grégoire, secrétaire général de Notre-Dame.

«Nous ne mettrons pas d'élèves à la porte pour atteindre le total de 48 groupes; notre objectif principal est de les amener à la réussite», indique-t-il. S'il le faut, les classes sont plus nombreuses ou on ouvre un groupe supplémentaire.

Est-ce correct? Il reste que 72 élèves - sur une cohorte de 363 jeunes entrés en 2003 - ont quitté le collège Notre-Dame ou se sont fait expulser en cours de secondaire. Une baisse de 19,83% du nombre d'élèves. Est-ce normal?

«Je pense que les établissements privés, sélectifs et subventionnés, devraient assumer leurs élèves, répond Roch Chouinard, vice-doyen aux études de premier cycle à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal. Que penser d'un hôpital qui mettrait fin aux soins donnés à un malade parce que ça lui prend plus de temps que les autres pour guérir ou parce qu'il ne répond pas à certains critères comportementaux?»

«Moralement, on n'assume pas notre rôle d'éducateurs», admet la direction d'une école privée ayant requis l'anonymat.