C'est à partir de cet automne que les futurs enseignants doivent réussir un nouvel examen national de français. Mais déjà, 14 étudiants de l'Université de Sherbrooke ont été suspendus après avoir échoué au Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE) lors de sa période de validation, a appris La Presse. Les nombreux échecs au nouvel examen font craindre l'hécatombe dans les départements d'éducation.

Mis à jour le 21 sept. 2009
Marie Allard LA PRESSE

«Les taux d'échecs sont plus élevés qu'avec les anciens tests», a confirmé à La Presse Michel D. Laurier, doyen de la Faculté d'éducation de l'Université de Montréal. C'est lui qui dirige l'implantation du nouvel examen national de français pour futurs enseignants, obligatoire à partir de cet automne.

 

«Notre test est plus difficile, a-t-il reconnu. Ça correspond à une volonté du ministère de l'Éducation et aux attentes sociales, de s'assurer que les enseignants maîtrisent bien le français.»

Or, les résultats étaient déjà désastreux avec les anciens tests de français, qui variaient d'une université à l'autre. En 2007, 48% des futurs étudiants en enseignement de l'Université de Montréal avaient échoué à un test diagnostique d'entrée, comme le tiers des futurs profs de primaire de l'Université Laval. À l'Université de Sherbrooke, 40% des étudiants en éducation n'avaient pas eu la note de passage à un test linguistique en 2006.

Moins de 50% de réussite

C'est pire avec le nouveau Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE). Une quarantaine d'étudiants se sont portés volontaires pour le passer en novembre dernier à l'Université Laval. «Nous ne vous cacherons pas que les résultats ont été très décevants, moins de 50% de réussite», a indiqué François Lépine, coordonnateur du Centre de développement des compétences langagières de l'Université Laval.

Le test a ensuite «été révisé», a-t-il précisé. Puis, il a été implanté dans les universités de Sherbrooke, de Montréal et à l'UQAM, qui n'ont pas révélé leurs résultats à La Presse. «Le taux d'échecs est plus élevé, mais je ne peux pas vous dire de combien. Les analyses sont encore en train de se faire», a expliqué M. Laurier.

«Même si les chiffres sont gardés secrets, on sait qu'on s'en va vers un mur, a indiqué Simon Forget, président de l'Association des étudiants de la Faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM. Il y a un très fort taux d'échecs.»

Suspension après trois échecs

Avant, les étudiants qui «coulaient» les tests de langue devaient souvent simplement suivre un cours d'appoint pour corriger leurs lacunes. Désormais, la réussite au TECFEE est exigée avant d'entreprendre la troisième année d'étude. Après trois échecs, l'étudiant est suspendu du programme d'enseignement pendant un an. Il a ensuite droit à une ultime chance de se reprendre avant l'exclusion définitive.

«Ça va être une catastrophe dans toutes les facultés d'éducation, tant pour ce qui est de la poursuite des cours que de la diplomation», a prédit M. Forget. Dès janvier, la cohorte de 2008 de l'UQAM en sera à sa troisième passation du test et les suspensions pourront suivre, a-t-il indiqué.

À l'Université Laval, les étudiants de 2008 ont passé le TECFEE pour la première fois les 12 et 13 septembre derniers. «Pour cette raison, il est évident qu'aucun étudiant n'a été exclu de son programme à ce jour, a souligné M. Lépine. La situation sera différente en mai ou juin 2010.»

Effet sur l'attraction de la profession

M. Laurier est conscient du problème. «Ça pourrait, effectivement, avoir un effet pour ce qui est de la déperdition en cours de formation, a-t-il dit. Ça peut aussi avoir un autre effet sur l'attraction de la profession. Ce n'est pas impossible qu'à un moment donné, les gens se disent: Je n'irai pas en enseignement parce que je risque d'échouer à l'examen de français.»

En revanche, les candidats qui se présenteront maîtriseront sûrement mieux la langue? «C'est l'objectif, a dit M. Laurier. En même temps, on a besoin d'enseignants.»

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Exemples de questions posées aux futurs profs

1. Noircir la case correspondant à la phrase qui comporte une erreur de syntaxe:

a) C'est le film que vous avez vu hier.

b) Il y a plusieurs points auxquels je n'avais pas pensé.

c) L'ouvrage dont il est question est introuvable.

d) Voici le livre que je te parlais depuis si longtemps.

Réponse: d

2. Choisir parmi les quatre explications proposées celle qui justifie correctement l'emploi ou l'accord de ce qui est souligné.

Les cadeaux qu'ils nous ont faits sont magnifiques.

a) Le complément direct qu', qui remplace ils, est placé avant le verbe.

b) Le complément direct qu', qui remplace Les cadeaux, est placé avant le verbe.

c) Le complément indirect qu', qui remplace ils, est placé avant le verbe.

d) Le complément indirect qu', qui remplace Les cadeaux, est placé avant le verbe.

Réponse: b

Source: Guide de préparation au TECFEE, Centre d'évaluation du rendement en français écrit (CÉFRANC).