Les élèves de la réforme sont peu autonomes, éprouvent des difficultés en français et peinent à se concentrer longtemps dans les cours magistraux. Mais ils sont aussi excellents pour travailler en équipe et pour formuler leurs opinions révèle un nouveau rapport du ministère de l'Éducation du Québec (MELS).

Mis à jour le 28 août 2009
Ariane Lacoursière et Marie Allard LA PRESSE

Le document préparé par le Comité d'analyse du Programme de formation de l'école québécoise visait à préparer la transition pour la rentrée de 2010, alors que les premiers élèves issus du renouveau pédagogique (la réforme) feront leur entrée au collégial. On voulait entre autres savoir avec quel bagage les élèves arriveraient au cégep.

Dans son rapport, le ministère dresse le portrait type des élèves issus de la réforme. Parmi les principales caractéristiques relevées, on voit que «le jeune d'aujourd'hui fait preuve d'ouverture et de curiosité», qu'il préfère les «tâches concrètes et significatives à ses yeux», qu'il a «une capacité de communication accrue» et qu'il «n'a pas de difficulté à exprimer ses idées».

En revanche, «la qualité de son français, particulièrement à l'écrit, laisse à désirer». S'il est «responsable dans les travaux d'équipe», «il manque d'autonomie lorsqu'il doit travailler seul».

L'élève de la réforme est «stimulé par la diversité des activités», mais lors des cours magistraux, «il a de la difficulté à se concentrer sur une longue période».

Le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Gaétan Boucher, se dit préoccupé par la situation. Mais il ne veut pas porter de jugement hâtif. Déjà l'automne dernier, «j'avais dit combien j'étais préoccupé par l'arrivée de cette cohorte dans les collèges en 2010», dit-il. Depuis, un comité de travail réunissant commissions scolaires et cégeps a été mis sur pied par le ministère de l'Éducation. «Mais on demande à voir avant de croire», a souligné M. Boucher.

Son propre petit-fils, actuellement en quatrième secondaire, a été formé selon le renouveau pédagogique. «Je demande à mon fils: Alex sera-t-il prêt à entrer au collège? Il ne le sait pas.»

C'est à l'hiver 2011, quand les premiers résultats des élèves issus de la réforme sortiront, «qu'on saura en regardant les taux de réussite», a indiqué M. Boucher. Il y a là quelque chose de très préoccupant».

«Pas à la hauteur»

Dans son rapport, le MELS reconnaît que l'autonomie des élèves issus du renouveau pédagogique «n'est pas à la hauteur des attentes des enseignants ni des exigences du Programme de formation de l'école québécoise». Le Ministère avance même que les enseignants pourraient «pallier, le cas échéant, les manques de connaissances?» des jeunes, «sans toutefois niveler leur enseignement vers le bas».

Pour ce faire, le Ministère suggère aux enseignants de mener des tests en début d'année afin «d'évaluer le niveau de connaissances et d'apprendre à connaître les forces et les faiblesses des élèves».

Cette proposition choque le président de la Fédération des enseignantes et des enseignants de cégeps, Mario Beauchemin. «Ça va ajouter à la lourdeur de notre tâche. Comment faire ça alors qu'on a 40 à 45 élèves par classe?» demande-t-il. Selon M. Beauchemin, si ces tests diagnostiques deviennent obligatoires, il y aura «une petite révolte» chez les enseignants du collégial.