Sans tambour ni trompette, Hydro-Québec a décidé de donner 250 000 $ en cinq ans au collège Notre-Dame, une institution d'enseignement secondaire privée de Montréal. Le porte-parole de la société d'État, François Taschereau, n'a pu donner, hier, aucun exemple d'un don similaire à un collège public.

Mis à jour le 13 août 2009
André Noël LA PRESSE

Le PDG d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, est aussi président du conseil d'administration du collège Notre-Dame. Un hasard? «M. Vandal n'a pas participé à la décision d'Hydro-Québec concernant le collège Notre-Dame, puisqu'il est membre du conseil d'administration de cette institution», a assuré M. Taschereau.

Hydro-Québec a commencé à donner 50 000 $ par année au collège Notre-Dame l'année dernière. Cette contribution, qui se poursuivra jusqu'en 2012, vise l'amélioration des installations sportives de l'établissement, qui en est déjà l'un des mieux pourvus au Québec. Les frais d'inscription annuels dépassent les 3000 $, si bien que le collège recrute surtout ses élèves dans des milieux aisés.

«Scandaleux»

Ce don de la société d'État scandalise Pierre Saint-Germain, président de la Fédération autonome de l'enseignement, qui regroupe la plupart des syndicats d'enseignants des écoles primaires et secondaires publiques de Montréal et du sud du Québec.

«Hydro-Québec fait usage de fonds publics pour soutenir une entreprise privée déjà subventionnée par l'État, s'insurge-t-il. Les polyvalentes publiques peinent à joindre les deux bouts, et elles ont souvent des installations sportives minimales et bien insuffisantes. Les parents du collège Notre-Dame ont les moyens de faire faire du sport à leurs enfants. Qu'Hydro-Québec leur vienne en aide alors qu'elle hausse ses tarifs d'électricité pour tous les Québécois, y compris les plus pauvres, est proprement scandaleux.»

Contribution

La nouvelle de la contribution d'Hydro-Québec a paru dans le dernier bulletin de campagne de la Fondation du collège Notre-Dame. En première page du bulletin, Thierry Vandal publie cette déclaration : «Les années passées au collège Notre-Dame ont été déterminantes. Elles m'ont donné une solide formation de base. J'y ai aussi rencontré des personnes hors de l'ordinaire que j'ai la chance de côtoyer encore. C'est ce qui me motive à contribuer aujourd'hui au rayonnement de mon alma mater et au développement des générations futures.»

De quelle contribution parle ici M. Vandal? De la sienne propre ou de celle d'Hydro-Québec? «La contribution de M. Vandal au collège Notre-Dame est sous forme de temps ; il n'a pas contribué financièrement personnellement», a répondu le porte-parole de la société d'État, dans un courriel envoyé à La Presse.

«L'objectif de notre commandite est de faciliter l'activité physique chez les jeunes et l'accessibilité à la communauté environnante, le quartier Côte-des-Neiges étant l'un des plus défavorisés à Montréal», ajoute M. Taschereau. Ce dernier a joint à son courriel un communiqué du ministère de l'Éducation daté de 2007, qui annonce une contribution de 800 000 $ du gouvernement au collège Notre-Dame pour l'aménagement d'un nouveau terrain de soccer-football.

«Le terrain sera également utilisé par les autres ligues de soccer durant les fins de semaine et par les jeunes de l'arrondissement qui participent au camp de jour du collège pendant l'été», indiquait le communiqué.

M. Taschereau n'a pu citer une seule école secondaire publique à laquelle Hydro-Québec aurait fait un don pour l'amélioration de ses installations sportives. «Tout dernièrement, nous avons accepté une autre demande similaire (collège secondaire, facilités sportives, accès à la communauté), mais l'institution en question n'en a pas encore fait l'annonce, a-t-il dit. Je ne peux pas vous dire de quelle institution il s'agit, ni même s'il s'agit d'une institution publique ou privée.»

Il a été impossible de joindre un porte-parole du collège Notre-Dame, hier. De son côté, Pierre Saint-Germain, le président de la Fédération autonome de l'enseignement, estime que la ministre responsable d'Hydro-Québec, Nathalie Normandeau, doit obliger la société d'État à retirer sa subvention au collège. «Ce n'est pas le rôle d'Hydro-Québec de financer les écoles, dit-il. Et encore moins les écoles privées.»