Une chute spectaculaire de 5500 élèves. C'est ce que le secteur des jeunes de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a vécu ces quatre dernières années. Le primaire (incluant la maternelle) est de loin le plus touché, avec une perte de 5335 enfants entre 2003-2004 et 2007-2008.

Marie Allard LA PRESSE

C'est «l'effet conjugué de la diminution du nombre de naissances et de l'augmentation des déménagements hors du territoire de la CSDM» qui a entraîné ces baisses d'effectifs au primaire, selon l'État de la situation de la CSDM daté de janvier 2009, que La Presse a obtenu. Cela laisse entrevoir des jours sombres pour le secondaire, déjà affecté par la concurrence du privé.

Patrick Dufresne et Karine Beaupré sont l'un des jeunes couples qui ont quitté Montréal pour la banlieue. Il y a quatre ans, ils ont vendu leur duplex du quartier Émard pour acheter une maison à Vaudreuil. «Ici, c'est beau, c'est un secteur en développement où il y a plusieurs jeunes familles», dit Patrick, père de Félix, 6 ans, Maya, 4 ans et William, un an et demi.

«Je suis fier de venir de Ville-Émard, mais aujourd'hui c'est pire que c'était il y a 20 ans, explique-t-il. Quand j'allais à la polyvalente Honoré-Mercier, la violence était bien rare. Aujourd'hui, la situation a changé, la pauvreté s'installe. Il y a pas mal de drogue dans notre ancien quartier.»

Élèves en difficulté et absentéisme élevé

En plus de diminuer, la clientèle s'alourdit à la CSDM. Plus de 12 000 élèves - soit 20% du total - sont désormais handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA). Une hausse non négligeable de 3% (2000 élèves) en quatre ans. Mince consolation, la proportion d'élèves HDAA a commencé à diminuer (de 0,7 % depuis deux ans) si on ne considère que le primaire.

Autre problème en hausse : les absences. Au secondaire, le taux d'absentéisme quotidien s'élevait à 6,8 % en 2007-2008, soit 1% de plus que trois ans plus tôt. Plus rare au début du secondaire, l'absentéisme «s'intensifie graduellement pour atteindre 8,7% en 5e secondaire», souligne le document. Ce n'est pas anodin, puisque «l'assiduité des élèves constitue un facteur clé de la réussite scolaire» selon plusieurs chercheurs, admet la CSDM.

«Hier, j'ai foxé genre deux cours, témoigne Bianka, une jolie fille de 14 ans, rencontrée alors qu'elle fumait une cigarette devant le métro Place-Saint-Henri. Je foxe les cours que je n'aime pas, comme les maths.» Son école téléphone-t-elle à la maison quand elle manque un cours ? «Ça dépend, répond son amie Sophie, 15 ans. Quand il y a trop d'élèves qui foxent, ils n'appellent pas.»

Faible taux de réussite au secondaire

La réussite du secondaire en cinq ans est malheureusement le lot d'une minorité. Seuls 40,7% des élèves entrés au secondaire à la CSDM en 2002 ont décroché un diplôme ou une attestation cinq ans plus tard, le plus faible taux depuis quatre ans. «À peine un tiers des garçons de la cohorte 2002-2003 obtient son diplôme en cinq ans», constate la CSDM. Une catastrophe que l'ex-premier ministre Jacques Parizeau avait dénoncée dans une lettre ouverte, en septembre dernier.

Parmi les élèves qui se rendent en 5e secondaire, 64% sont sortis avec un diplôme en 2007, une baisse de près de 4% en deux ans. «Comparée à l'ensemble de la province, la CSDM accuse un retard de 10%», précise l'État de la situation.

Bonne nouvelle, ça va mieux au primaire. Les taux de réussite «ont légèrement progressé» dans l'ensemble des matières en un an (ils ont par exemple bondi de 6% au 3e cycle du primaire). Mention spéciale aux gars, qui ont réduit l'écart les séparant des filles dans les trois cycles du primaire. La CSDM précise toutefois que le système d'évaluation des élèves a changé (les cotes de 1 à 5 ont été remplacées par des pourcentages en 2007-2008) et que «les conclusions des analyses doivent donc être nuancées». Les pourcentages auraient-ils rendu les profs plus généreux?

Au secondaire, les taux de réussite aux examens du ministère de l'Éducation ont aussi augmenté... comme partout dans la province. Mais quand elle se compare, la CSDM se désole. Depuis 2000-2001, «les taux de réussite à la note finale des élèves du secondaire de la CSDM sont constamment plus faibles que ceux des élèves de la région francophone de Montréal et ceux des élèves du secteur public français de la province», souligne le document.

Seule exception : la maîtrise de l'anglais. Le taux de réussite en anglais est plus élevé à la CSDM qu'ailleurs, mais l'écart rétrécit (il n'est plus que de 0,6% en faveur de la CSDM).