Quand il a lu dans La Presse d'hier que le ministère de l'Éducation avait donné 253 000 $ au Club de hockey Canadien pour produire du matériel pédagogique, Félix Maltais est «tombé en bas de sa chaise». Aussi appelé prof Scientifix, M. Maltais tente en vain depuis quatre ans d'avoir l'aide de Québec pour produire un magazine éducatif sur le sport, Sport Débrouillards.

Mis à jour le 11 févr. 2009
Marie Allard LA PRESSE

«Avec 250 000$, ce serait extraordinaire ce qu'on ferait, et ce ne serait pas de la propagande, a-t-il dit hier. En fait, je suis très content : je suis sûr que si le Ministère se rend compte que le sport est une bonne façon d'accéder à la culture et aux connaissances pour les jeunes, il ne peut plus ne pas nous aider.»

«Là où le bât blesse, c'est que c'est deux poids, deux mesures, a corroboré Réjean Parent, président de la CSQ. Nous avons demandé une subvention pour faire des trousses pédagogiques sur les Écoles vertes Brundtland et nous n'avons jamais trouvé d'écho auprès du Ministère.»

Subventionner le Canadien a été «une erreur de jugement du Ministère», selon M. Parent, qui ne veut toutefois «pas soulever une tempête dans un verre d'eau». Les écoles «vivent dans le réel» et les enseignants peuvent utiliser le matériel du Canadien s'ils le jugent adéquat, a-t-il affirmé. «J'ai plus de misère avec le fait que la polyvalente de Valleyfield a un auditorium McDonald's», a-t-il fait valoir.

Cette réaction nuancée était partagée par plusieurs, hier. «Qu'on utilise le matériel ne me scandalise pas, a indiqué François Paquet, premier vice-président de la Fédération des comités de parents. Au Québec, le Canadien de Montréal fait partie de l'imaginaire. Si ça peut intéresser les garçons, c'est très bien. J'ai cependant un problème avec la subvention.»

Si c'était l'OSM?

«Si c'était l'Orchestre symphonique de Montréal ou le Cirque du Soleil qui avait fait du matériel scolaire, aurait-on la même réaction?» a demandé Pierre Curzi, critique péquiste en matière d'éducation. M. Curzi laisse le soin à l'Office de protection du consommateur de dire «si c'est légal ou pas». Il a aussi souligné ne pas savoir si les fascicules présentent «un marketing outrancier», ne les ayant pas lus.

«Mais admettons que ça passe le test, on doit regarder quelle est la valeur utile de cette publication, a-t-il souligné. Actuellement, avec la question du décrochage scolaire, on demande l'apport de l'ensemble des milieux.»

«Profiter du fait que le Canadien représente un véritable ciment de la nation pour faire ouvrir un livre aux jeunes, c'est une très bonne idée, et c'est un partisan des Nordiques qui vous le dit», a indiqué Gérard Deltell, porte-parole adéquiste en matière d'éducation. Plutôt que de subventionner le Club, le Ministère aurait cependant dû demander à des pédagogues d'écrire sur le hockey, selon lui.

«J'ai souvent donné des livres sur le sport à mon garçon et il aimait ça, a-t-il illustré. J'aurais préféré qu'il lise Baudelaire, mais il faut commencer par quelque chose.»