Accusé par l'opposition de favoriser un «ami libéral», le gouvernement Charest défend le processus d'achat des tableaux blancs interactifs (TBI). Il nie tout favoritisme à l'égard de Smart Technologies, dont le lobbyiste est un ancien membre du cabinet du premier ministre Jean Charest.

Mis à jour le 2 mars 2012
Tommy Chouinard LA PRESSE

À l'Assemblée nationale, jeudi, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a été talonnée au sujet de la manchette de La Presse selon laquelle 75% des commissions scolaires commandent le produit de Smart Technologies. Ces 54 commissions scolaires font partie d'un regroupement d'achats dirigé par la Fédération des cégeps, le Centre collégial de services regroupés (CCSR).

«Il n'y en a pas, de problème, a affirmé Mme Beauchamp. Les commissions scolaires font leurs choix, elles sont indépendantes, autonomes. Elles font le choix à partir d'un appel de qualification reconnaissant plusieurs fournisseurs.»

Selon ses explications, le CCSR avait déjà fait un appel d'offres en 2009 afin d'acheter des TBI. C'était avant que Jean Charest annonce dans son discours inaugural, il y a un an, un programme de 240 millions de dollars pour équiper toutes les classes des écoles publiques de TBI. Deux fournisseurs ont alors été retenus: Smart Technologies et Dell Canada. Le gouvernement a «reconnu» l'appel d'offres du CCSR, puis il a voulu «diversifier le choix avec le Centre de services partagés du Québec (CSPQ)», a expliqué Mme Beauchamp. Un autre appel de qualification a été lancé. «Au moment où on se parle, il y a 14 fournisseurs reconnus avec différentes technologies», a-t-elle dit. Mais peu de commissions scolaires font affaire avec le CSPQ, puisqu'elles font partie du CCSR. Un seul contrat a été adjugé jusqu'à maintenant par l'entremise du CSPQ et un autre devrait être signé bientôt.

Line Beauchamp admet qu'«une technologie semble plus favorisée que d'autres», mais «on est loin d'un mot d'ordre» du gouvernement visant à acheter des Smart Boards. Les commissions scolaires choisissent elles-mêmes le produit.

Le TBI de Smart Technologies est plus cher que d'autres modèles, a indiqué La Presse jeudi. Selon Mme Beauchamp, «on ne peut pas affirmer ça comme ça». Le coût dépend aussi de la garantie et de l'entretien prévus au contrat, a-t-elle fait valoir.

La Presse a démontré que Smart Technologies a offert du matériel à des écoles et à des commissions scolaires dans le cadre d'une campagne de séduction. «Je n'ai pas cette information. Je vais vérifier», a affirmé Mme Beauchamp. Elle n'a pas voulu dire s'il est acceptable que des gestionnaires acceptent ainsi du matériel.

Lors de la période des questions en Chambre, le député péquiste Sylvain Gaudreault a accusé le gouvernement d'avoir «mis en place un système défaillant» qui «favorise le client d'un lobbyiste libéral», Martin Daraîche.

Le député caquiste Éric Caire a renchéri: «Est-ce qu'il faut comprendre qu'après le transport, qu'après les garderies, le réseau de l'éducation, c'est le prochain marché des amis libéraux?»

Le lobbyiste «Martin Daraîche, qui est engagé par Smart [Technologies], réussit à faire acheter un tableau plus cher aux commissions scolaires. Ou il y a une épidémie d'incompétents dans les commissions scolaires, ou il y a un mot d'ordre», a-t-il ajouté.

Pour Line Beauchamp, ces allégations sont «de la fiction».