Ébranlé par le suicide de la jeune Marjorie Raymond, victime d'intimidation, le gouvernement Charest présentera une nouvelle loi pour lutter contre le phénomène de la violence chez les jeunes. La législation prévoira désormais «l'obligation d'intervention» pour les écoles, qui seront dotées d'un budget de 6 millions par année.

Mis à jour le 13 févr. 2012
Pierre-André Normandin LA PRESSE

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a confirmé dimanche le dépôt cette semaine d'une nouvelle loi à l'Assemblée nationale, précisant que les détails seront dévoilés aux députés d'ici jeudi.

La lutte à l'intimidation passera par les écoles qui seront forcées d'établir des pratiques d'intervention avec les centres de services sociaux et les corps policiers. Présentement, seulement 300 des 3000 écoles québécoises avaient de telles ententes. Le plan devrait permettre de mieux quantifier le problème alors que tous les cas rapportés seront compilés.

La plaque tournante

Sommité canadienne dans la recherche sur le phénomène, le Dr Égide Royer a salué «l'obligation d'intervention» qui sera introduite dans la loi. Même si les actes d'intimidation ne s'y déroulent pas toujours, le co-directeur de l'Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l'école, basé à l'Université Laval, à Québec, décrit l'école comme la «plaque tournante».

Selon le Dr Royer, «de 6 à 10% des jeunes sont victimes de manière répétitive d'intimidation. Ce n'est pas seulement un sur cent». En attendant des statistiques québécoises plus précises, celui-ci base son évaluation sur les données de la France et de certains États américains.

Estimant que les campagnes de sensibilisation ont un effet limité, le Dr Égide Royer croit que la loi viendra améliorer la réponse aux cas d'intimidation rapportés.

«Si le lundi matin vous apprenez que votre enfant est victime d'intimidation et que rien ne se passe à l'école, il faut que le dossier soit sur le bureau du protecteur de l'élève le vendredi midi. Il ne faut pas que ça traîne des semaines», résume-t-il.

Des témoins

Citant les travaux du Dr Royer, la ministre Beauchamp a souligné que 9 actes d'intimidation sur 10 sont commis devant témoins. Or, lorsqu'un témoin intervient, ces actes prennent fin deux fois sur trois.

Le gouvernement qui avait lancé en 2008 un programme sur trois ans pour lutter contre le phénomène a confirmé que les 6 millions par année prévus à l'époque seront désormais récurrents. «On veut aider la personne intimidée, sa famille, mais aussi s'attaquer à la source du problème. L'intimidation, c'est un comportement anormal aujourd'hui», a indiqué le ministre de la Santé, Yves Bolduc.

Un volet de cette lutte à la violence scolaire visera particulièrement la cyber intimidation. «Après tout, l'intimidation ne se passe pas juste de 8 h à 16 h », a souligné le premier ministre Jean Charest. Or, l'internet sert de plus en plus de moteur au phénomène avec la popularité des réseaux sociaux. Un site, www.moijagis.com, décrira notamment comment faire désactiver des pages internet utilisées pour intimider.

Jean Charest a dit vouloir lancer un important «appel à tous» pour contrer l'intimidation. «Certains diront que le phénomène existe depuis toujours, mais nous ne voulons plus le tolérer.»

Le sujet est revenu à l'avant-plan de l'actualité à la fin de 2011 avec le suicide de Marjorie Raymond. L'adolescente de 15 ans qui fréquentait l'école Gabrielle-Le-Courtois, à Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, se disait victime d'intimidation. Sa mère, Chantal, affirme avoir rapporté la situation à l'école, mais au lendemain de la médiatisation du suicide, la commission scolaire des Chic-Chocs affirmait ne pas avoir été mise au courant du problème. Le Parti québécois avait dénoncé alors l'échec du programme lancé en 2008 pour lutter contre l'intimidation.

En plus de cette nouvelle loi, une campagne publicitaire pour sensibiliser les jeunes au phénomène sera également lancée d'ici peu. Les publicités, qui mettront en valeur des comportements à adopter pour mettre en échec l'intimidation, s'étendront sur trois ans et seront dotées d'un budget d'un million par année. Télé-Québec doit également contribuer en insistant sur le problème à travers sa programmation jeunesse.

Les citoyens seront également invités à signer une Déclaration québécoise d'engagement contre l'intimidation et la violence. Le gouvernement désignera également la semaine du 2 octobre Semaine contre l'intimidation pour coïncider avec la journée internationale de la non-violence.

Même s'il a convoqué les médias pour un deuxième dimanche de suite et qu'il était à nouveau entouré de plusieurs députés et ministres, Jean Charest a refusé de faire un lien entre l'annonce de dimanche matin et les rumeurs d'élections circulant à Québec. «C'est un enjeu important», a-t-il simplement répondu aux questions des journalistes.