Un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) compte rouvrir les conventions collectives conclues récemment avec les médecins et les enseignants, une modernisation nécessaire pour que ces deux groupes soient plus efficaces, a prévenu lundi soir François Legault.

Mis à jour le 7 févr. 2012
Denis Lessard LA PRESSE

Pour son premier ralliement en tant que chef de parti, l'ex-ministre péquiste a choisi Québec, un terreau fertile pour l'ancienne Action démocratique du Québec. Dans un discours enflammé devant 300 militants - mais dans une salle qui aurait pu contenir le double -, M. Legaut a attaqué avec vigueur Jean Charest, le «beau parleur», qui se contente «d'un slogan et d'un concept de marketing, le Plan Nord», et de «comités», quand le Québec perd 45 000 emplois en un an.

Selon le chef de la CAQ, «le Nord va se développer, avec ou sans son slogan. Mais, il ne faudrait pas que ce soit à n'importe quel prix et, surtout, pas au profit, strictement, des étrangers».

Québec promet d'augmenter les redevances sur les richesses naturelles, mais cela reste insuffisant. «Les Québécois ressentent un malaise devant l'éventualité de voir encore plus de nos matières non renouvelables prendre le bateau pour aller alimenter des usines ailleurs dans le monde», constate François Legault.

Surtout, il a clairement indiqué qu'il entend revoir les ententes signées récemment avec les médecins. Les omnipraticiens, d'abord, devront accepter de s'engager à traiter un certain volume de patients, explique-t-on dans son entourage. Un tel plan de match était «implicite», mais la «réouverture» des ententes n'avait pas été aussi clairement évoquée à ce jour, a expliqué un membre influent de la CAQ.

Quant aux enseignants, «ils devront accepter qu'on puisse évaluer la qualité de l'enseignement qu'ils donnent, afin qu'ils puissent continuellement l'améliorer», indique M. Legault.

«Les médecins devront accepter qu'on modernise l'organisation du travail. Il va falloir rouvrir des conventions collectives et les réécrire en les conjuguant au XXIe siècle», prévient le chef de la CAQ.

Cette sortie publique tombait à point nommé, car des sympathisants s'inquiétaient de l'absence de M. Legault depuis les derniers jours. Aujourd'hui, il participera au caucus présessionnel de ses députés à Québec.

Le chef de l'aile parlementaire, Gérard Deltell, a reconnu que les reportages des derniers jours ont fait mal: 46 contributeurs à la CAQ proviennent du même bureau d'avocats et on a diffusé des listes de donateurs truffées d'erreurs concernant l'ancien OSBL. «On a fait des erreurs de débutants. Il vaut mieux le reconnaître plutôt que de tricoter des réponses pour faire croire qu'il ne s'est rien passé», a dit M. Deltell.

Selon Me Mario Charpentier, responsable du financement, les 46 contributeurs de son bureau, BCF, ont agi dans la plus totale légalité. Ils ont contribué pour un peu plus de 400$ en moyenne. Or, durant la campagne électorale de 2007, d'autres cabinets ont donné trois fois plus par personne à la campagne d'André Boisclair, a-t-il relevé.

Selon M. Legault, il faudra hausser le salaire des enseignants de 20% pour les inciter à se dépasser. Cela «va demander beaucoup d'argent: près de1 milliard de dollars. Un milliard de dollars que nous allons récupérer en améliorant la productivité d'Hydro-Québec et en abolissant les commissions scolaires, qui sont devenues aujourd'hui un palier bureaucratique désuet et coûteux», a-t-il soutenu, soulevant des applaudissements spontanés de la salle.

La Coalition «sera le parti de la responsabilité», a-t-il promis, avant de souligner que «quand 20% des élèves décrochent au secondaire, quand on attend deux ans pour subir des examens médicaux importants, quand nos viaducs tombent et que nos routes deviennent dangereuses, on tient les élus responsables. On exige des comptes».

Langue

Plus qu'à l'habitude, M. Legault a insisté sur la défense du français, se disant «inquiet de la situation à Montréal». «Nous avons raison, comme Québécois, de nous soucier de la préservation de notre langue, de notre culture et de notre identité», a-t-il lancé. Au Québec, on trouve «le seul gouvernement en Amérique qui représente une majorité de francophones. Il a un devoir de défendre l'identité de la nation québécoise». Or, selon lui, «le gouvernement libéral a manqué à son devoir de protéger notre identité en laissant plusieurs commerces de Montréal négliger de servir leurs clients en français».

Aussi, le gouvernement Charest a permis «à ceux qui en ont les moyens de s'acheter un droit pour aller à l'école anglaise, en pleine contradiction avec les principes de la Charte de la langue française». «Pour nous, ce passe-droit est inacceptable», a martelé M. Legault.