Le premier ministre du Québec s'est engagé, dimanche, à convertir 20% du territoire du Grand Nord en aires protégées d'ici 2020 et à empêcher toute activité industrielle dans un autre 30% de la région d'ici 2035. Près de 600 000 kilomètres carrés au nord du 49e parallèle, soit l'équivalent du territoire de la France, seront donc exempts de développement industriel dans le cadre du Plan Nord.

Mis à jour le 5 févr. 2012
Daphné Cameron LA PRESSE

Jean Charest a présenté dimanche, aux côtés du ministre du Développement durable, Pierre Arcand, le volet environnemental de son Plan Nord. Dans son ensemble, la stratégie est bien accueillie par les groupes environnementaux puisque le gouvernement a accepté d'élargir les zones de conservation de 12% à 20% après une tournée de consultation publique menée l'automne dernier.

Exploitation forestière

Certains groupes critiquent cependant le fait que le gouvernement a décidé de protéger de l'exploitation forestière seulement 12% de la forêt boréale continue. On craint aussi que les zones choisies pour la protection soient déterminées en fonction des ressources naturelles qui s'y trouvent plutôt que par la préoccupation de sauvegarder la biodiversité.

N'empêche, Jean Charest estime qu'il s'agit du projet environnemental qui a le plus «d'envergure» actuellement dans le monde. «Nous voulons faire du Plan Nord un grand exemple de développement durable», a-t-il déclaré.

Le plein air, la chasse...

La manière de protéger l'autre 30% du territoire n'a pas encore été clairement établie. On pense y permettre le développement d'activités comme le plein air, le tourisme, la chasse, la pêche ou le piégeage. Sept projets pilotes seront menés au cours des prochaines années pour «déterminer de nouveaux modes de conservation» et pour «améliorer les connaissances écologiques et environnementales» du Grand Nord.

Le Québec compte actuellement 8% d'aires protégées. Le 20% du territoire du Grand Nord permettra d'atteindre la cible fixée lors de la conférence mondiale sur la biodiversité de Nagoya en 2010, qui consiste à consacrer 17% du territoire terrestre à des fins de conservation d'ici 2020.

Une dizaine de groupes écologistes n'ont pas tardé à saluer l'annonce du gouvernement Charest. Plusieurs ont toutefois émis un bémol au sujet des objectifs de conservation de la forêt boréale continue, qui forme une bande de 1000 kilomètres entre les 48e et 58e parallèles.

La biodiversité

«C'est une bonne nouvelle qui en cache une mauvaise, celle qu'on abandonne les forêts», a déclaré Nicolas Mainville, biologiste et responsable de la campagne Forêts chez Greenpeace.

«Il faut toujours se demander ce qu'on veut protéger. La biodiversité ou les intérêts de l'industrie? Est-ce qu'on va réellement protéger ce qui est menacé ou est-ce qu'on va faire une ligne sur une carte pour protéger un endroit qui, de toute façon, n'aurait pas été développé dans les prochaines décennies?», a-t-il demandé.

Le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, a également salué l'agrandissement des zones de conservation de 12% à 20%. Il déplore cependant qu'il n'y ait pas, dans le plan de conservation de la forêt boréale, de distinction entre la partie commerciale et la partie nordique (non commerciale) de la forêt. Au nord du 51e parallèle, les arbres peuvent mettre de 125 à 200 ans à pousser, explique-t-il.

«Il a toujours été établi qu'on ne pouvait pas faire de coupes au-dessus de la limite nordique d'attribution. Avec son 12% toutes zones confondues, M. Charest vient d'ouvrir une porte qu'on aimerait voir refermer.»