Pauline Marois n'est pas au bout de ses peines. L'ancien chef bloquiste Gilles Duceppe a donné un premier signe qu'il envisage de la remplacer à la tête du PQ. Dans un tête-à-tête tout récent, il a demandé à Louise Beaudoin si elle reviendrait au PQ s'il en prenait la tête.

Denis Lessard LA PRESSE

La réponse est oui, a appris La Presse de sources proches des deux interlocuteurs. Joints mardi, M. Duceppe et Mme Beaudoin ont reconnu qu'ils s'étaient rencontrés à Montréal la semaine dernière. Mais ils ont refusé de commenter leurs échanges. C'était une rencontre privée, se sont-ils contentés de dire.

C'est M. Duceppe qui a sollicité l'entretien avec la députée de Rosemont. «Je ne veux pas commenter, c'est à lui de décider s'il revient ou non. Très franchement, je ne veux pas parler de ce qu'on s'est dit», a déclaré Mme Beaudoin, qui est actuellement au Mexique.

Avant les Fêtes, elle a rencontré Pauline Marois à son bureau du parlement. La chef péquiste lui a en vain demandé de réintégrer le parti, a-t-on appris par ailleurs. Mme Marois n'a pas eu plus de chance avec Gilles Duceppe, qu'elle a rencontré à Nuevo Vallarta au début du mois. Elle lui a demandé avec insistance de devenir responsable du dossier de la souveraineté au PQ, mais il a refusé. «Cela reste des discussions entre elle et moi», s'est contenté de dire M. Duceppe. mardi.

L'ex-bloquiste a aussi été clair avec Mme Beaudoin, confie-t-on: il n'attaquera jamais Mme Marois, mais il se montrera désormais plus franchement «disponible». Surtout, plus question de gestes ambigus comme la brève lettre de l'automne dernier, interprétée comme un appui. Son changement d'attitude était apparu à son passage à Tout le monde en parle, le 31 décembre. Duceppe avait en effet saisi l'occasion pour nier catégoriquement une déclaration de Mme Marois selon laquelle ils se voyaient presque quotidiennement.

«La madame doit partir»

Dans les rangs péquistes, on est loin de la fébrilité de novembre, quand une poignée de députés avait ouvertement demandé le départ de Mme Marois. Pour un des «mutins» de l'automne, dans les circonscriptions, les militants semblent s'être faits à l'idée que Mme Marois sera en poste aux prochaines élections. Au PQ, on cultive d'ailleurs l'idée que les élections sont imminentes, même si Jean Charest est loin d'avoir l'appui requis pour déclencher l'appel aux urnes. Mais à mesure que se rapproche le conseil national de la fin du mois, certains militants opposés à Mme Marois semblent frappés d'un sentiment d'urgence. Le départ de François Rebello «nous a ramenés en arrière, dans les mêmes eaux troubles», a confié un député de premier plan.

Marc Laviolette, vice-président de Beauharnois et ancien leader du SPQ-libre, n'y va pas par quatre chemins. «Pauline Marois doit quitter et Duceppe doit prendre sa place», résume le syndicaliste. Un débat s'élève depuis quelques jours dans les rangs péquistes autour de l'idée de forger une alliance avec les autres partis souverainistes, avec Québec solidaire surtout (lire autre texte). Bernard Drainville et Stéphane Bergeron sont partisans d'un tel rapprochement.

Pour Laviolette, ce débat est un prétexte pour susciter un conflit avec Pauline Marois au conseil national. «Ceux qui ont peur de se prononcer vont amener ce débat pour la battre parce qu'elle s'est prononcée contre.»

«Le problème du PQ n'est pas un problème de coalition..., c'est un problème de leadership, et j'irai le dire au micro au conseil national. Mme Marois est compétente, mais elle n'est pas capable d'unir les troupes. Le peuple ne la veut pas, la madame, il faut qu'elle parte! Duceppe doit venir, les députés doivent mettre leurs culottes et Mme Marois faire passer ses intérêts personnels après ceux du parti!», lance-t-il.

«Duceppe ne plantera pas de poignard à Pauline Marois, mais si le siège se libère, il va venir! Cela fait longtemps que je le connais! C'est à nous, les militants du parti, de poser un geste. Si on n'a pas ce courage comme militants, on vivra avec les conséquences!», prévient Laviolette.

Des doutes

Michel Leduc, ex-député et président régional de Laval, ne croit pas en la venue de Gilles Duceppe. «Même des bloquistes m'ont dit qu'il ne serait pas capable de s'adapter au PQ. Il est trop rigide. Il n'y a pas d'engouement pour Duceppe dans ma région», dit M. Leduc.

Les putschistes de l'automne, eux, sont circonspects. Claude Lessard, président de la Mauricie, avait réclamé le départ de Mme Marois. Maintenant, «c'est plus calme, tout le monde se demande comment cela va tourner, mais personne n'ose se mettre en avant. J'avais foncé, j'ai pensé que les gens me suivraient... et cela n'a pas été le cas», raconte-t-il amusé. Mais les récents sondages, selon lesquels le PQ fait un peu meilleure figure devant la Coalition de François Legault, «ne reflètent pas la réalité. Les gens n'ont pas changé d'idée... La madame [Marois] ne passe pas!»