Le gouvernement du Québec est «très insatisfait» de la façon dont l'Agence métropolitaine de transport (AMT) gère le projet de train de banlieue entre Montréal et Mascouche, dont les coûts ont plus que doublé depuis son annonce. En conséquence, il entend revoir les responsabilités, le mandat et la direction de cette agence gouvernementale.

Bruno Bisson LA PRESSE

Dans une entrevue exclusive accordée à La Presse, hier, la présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, a fait savoir que l'AMT, responsable du développement des transports en commun dans la région métropolitaine, fera l'objet d'un examen «en profondeur» dans le cadre de la mise en place d'un nouveau Plan de mobilité durable dans la métropole.

«Et ce sera fait plus tôt que tard», a-t-elle prévenu. Elle a précisé que les décisions arrêtées par son ministère pour redresser le projet du train de l'Est ont été prises en accord avec son collègue Pierre Moreau, ministre des Transports, de qui relève l'AMT.

Mme Courchesne a refusé de dire quel sort attend le président de l'Agence, Joël Gauthier, dont le mandat vient tout juste d'arriver à terme, et dont la direction est de plus en plus contestée par une grande partie du monde municipal et par les transporteurs publics. «Le gouvernement va prendre les décisions qui s'imposent, a dit la ministre. C'est tout ce que je peux vous dire dans l'immédiat.»

Le rôle et les responsabilités de l'AMT pour la suite de l'implantation du train de l'Est seront considérablement réduits, a-t-elle expliqué. Un comité de gestion indépendant, où siégeront des représentants du ministère des Transports du Québec et de la société Infrastructure Québec, prendra désormais toutes les décisions de nature financière.

L'AMT devra de plus abandonner plusieurs éléments du projet afin de réduire ses coûts d'environ 40 millions de dollars, et ce, «qu'elle soit d'accord ou pas».

Selon Mme Courchesne, ces soustractions devraient ramener le budget total du train de l'Est à environ 671 millions au lieu des 715 anticipés par Infrastructure Québec après une revue diligente du projet qui a duré près de six mois.

Charlemagne perd sa gare

Ainsi, il n'y aura pas de gare à Charlemagne. L'AMT prévoyait en outre que la majorité des gares situées sur le territoire de Montréal seraient dotées de quais chauffants. Ceux qui n'ont pas déjà été installés ne le seront pas, une économie de 7 millions. Des centaines de places de stationnement incitatif prévues à Mascouche et à la gare de Rivière-des-Prairies ne seront pas construites. Enfin, la gare et les bâtiments de service prévus à Mascouche, la gare terminale, seront réduits.

Le train, que l'AMT voulait mettre en service à la fin de 2012, ne sera vraisemblablement pas inauguré avant le début de 2014.

La ministre a estimé qu'une bonne part de l'explosion des coûts de ce projet est due au fait que l'AMT souhaitait mettre le train en service dans les plus brefs délais. Certains choix ont vraisemblablement été dictés par une urgence qui n'existait pas vraiment.

«On a mis l'accent sur le fait qu'on voulait un train de banlieue très, très rapidement, a déclaré Mme Courchesne. Aujourd'hui, la volonté du gouvernement du Québec, c'est d'abord et avant tout de bien maîtriser les coûts, d'avoir un projet géré de façon rigoureuse, et non pas pour respecter un échéancier à tout prix. On ne veut pas le retarder indûment, mais l'échéancier sera maintenant tributaire des coûts, et non l'inverse. Ce ne sera plus l'échéancier qui va dicter comment on fait avancer le projet. Et ça, c'est un changement d'approche très important.»

Le train de l'Est est le plus important projet de train jamais entrepris par l'AMT. Annoncé en 2006 par le premier ministre, le long trajet de 51 km desservira Mascouche, Terrebonne et Repentigny. Il prévoit 10 gares sur le territoire de Montréal, entre Rivière-des-Prairies et la gare Centrale, au centre-ville. Il devait coûter 300 millions à l'origine. Deux ans plus tard, le budget autorisé par le gouvernement du Québec était de 390 millions. Les coûts ont toutefois explosé dans les deux dernières années, au point où de nouvelles estimations présentées l'an dernier à Québec faisaient état de projections de 663 millions, en hausse de 70% par rapport au budget autorisé.

La Presse a révélé hier qu'après une revue diligente de l'ensemble du projet, Infrastructure Québec prévoit maintenant que le budget nécessaire à sa réalisation s'élèverait à 715 millions. L'organisme recommande en outre au gouvernement de provisionner une somme de ∂46 millions supplémentaires afin de se protéger contre les dépassements de coûts qui pourraient encore survenir d'ici à la fin des travaux.

Mme Courchesne a indiqué hier que, «compte tenu de l'avancement des travaux et de la complexité des ouvrages qui restent à construire», cette provision devrait finalement s'établir à environ 90 millions, soit deux fois plus que ce que recommande Infrastructure Québec.