L'un salue l'arrivée de son «ami», l'autre se réjouit de rejoindre son «mentor». Mardi, François Legault et François Rebello ont fait montre d'une entente sans nuages lorsqu'ils ont annoncé officiellement l'adhésion du député de La Prairie à la Coalition avenir Québec.

Anabelle Nicoud et Paul Journet LA PRESSE

François Rebello est le huitième député à se joindre au jeune parti de François Legault. Pour la CAQ, l'arrivée du transfuge péquiste de 41 ans est une «acquisition significative». «On rassemble les meilleurs joueurs dans la même équipe pour rassembler le Québec», a illustré François Legault.

La lettre de François Rebello

Souverainiste et militant de longue date au PQ, François Rebello ne voit aucune incohérence dans sa décision, qu'il a annoncée dans une lettre parue dans La Presse.

«Je suis souverainiste et je continuerai à l'être dans la Coalition, explique-t-il. Mais je suis convaincu que comme on ne fera pas de référendum à court terme, il faut travailler à renforcer le Québec.»

Selon lui, le succès économique du Québec contribuera davantage à la souveraineté que le «prêche», la «propagande» ou le «catéchisme» pro-souveraineté.

L'émoi chez les souverainistes

«Les espèces de débats idéologiques de gauche et de droite, c'est fini», croit-il.

Le départ de François Rebello, après une accalmie dans les démissions au PQ, a semé l'émoi dans les rangs souverainistes. Depuis la création de la CAQ, à l'automne, François Rebello a plusieurs fois affirmé son allégeance au PQ. Son apparente volte-face n'en est toutefois pas une, dit-il: il a tout simplement pris le temps de réfléchir durant les vacances de Noël. «Dès que j'ai été à l'aise avec ma décision, j'ai appelé François (Legault). Je n'ai rien négocié, je lui ai dit: je suis avec toi.»

Lundi, il a ensuite averti Pauline Marois par téléphone au cours d'un échange qu'il a qualifié de «courtois».

Malgré tout, le péquiste Yves-François Blanchet estime que M. Rebello devrait démissionner de son poste de député et se représenter sous les couleurs de la CAQ dans sa circonscription. «Il a été élu à cause du programme du PQ. Ce qu'il fait, c'est carrément de voler la démocratie», a lancé M. Blanchet.

Mais François Rebello se défend de trahir ses électeurs: «C'est le meilleur moment pour respecter nos électeurs, à la veille de nouvelles élections», dit-il.

«Un Québec vert»

La lettre dans laquelle M. Rebello explique son passage à la CAQ s'intitule «Entreprendre un Québec vert».

Or, son nouveau parti pourrait se donner des cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES) moins ambitieuses que celles du PQ. Le PQ se donnerait jusqu'en 2020 pour ramener les émissions de GES à 25% de moins que ce qu'elles étaient en 1990. Le gouvernement Charest vise quant à lui une réduction de 20%. La CAQ n'a pas encore pris position. «On n'ira pas en bas de 20%», a simplement affirmé Jean-François del Torchio, attaché de presse de la CAQ.

En novembre dernier, la CAQ a dévoilé les 20 principales propositions de son plan d'action. Aucune ne portait sur l'environnement. Le programme environnemental reste à faire. M. Rebello dit vouloir sauter sur l'occasion pour mettre l'accent sur les «technologies vertes», notamment.

À titre de député péquiste, M. Rebello faisait la promotion d'une ligne de train de banlieue est-ouest sur la Rive-Sud et d'un train de nuit rapide Montréal-New York. Ces positions étaient appuyées par le PQ, mais il les soutient toujours.

«Tout ça, c'est du concret. On a beau parler de réduction des gaz à effet de serre, si la jeune femme de Saint-Constant qui étudie à Montréal doit acheter une voiture parce qu'il n'y a pas de train, il n'y a pas de réduction des gaz», dit-il.

À la rentrée parlementaire, le 14 février, M. Rebello doit siéger avec la CAQ et son leader parlementaire, Gérard Deltell. À titre de chef de l'ADQ, M. Deltell s'était prononcé en faveur de la réfection de la centrale nucléaire Gentilly 2 et de l'exploitation du gaz de schiste, deux choses auxquelles s'est opposé le PQ.