Pauline Marois n'est pas au bout de ses peines. Une demi-douzaine de députés sont susceptibles de claquer la porte comme Lisette Lapointe, Louise Beaudoin et Pierre Curzi.

Denis Lessard et Tommy Chouinard LA PRESSE

Lundi, les trois poids lourds du PQ ont annoncé qu'ils siégeraient désormais comme députés indépendants. «La goutte qui a fait déborder le vase», c'est l'appui inconditionnel de leur parti au projet de loi no 204, qui protège contre toute contestation judiciaire l'entente conclue sans appel d'offres entre la Ville de Québec et Quebecor sur la gestion du futur amphithéâtre, a expliqué Lisette Lapointe. Les dissidents ont refusé de se soumettre à la ligne de parti imposée par leur chef.

Mais c'est loin d'être la seule raison de leur départ. Ils en ont contre le style autoritaire de Pauline Marois et de son entourage, mais aussi contre le manque de clarté de la démarche vers la souveraineté. «Le Parti québécois que je quitte, c'est celui de l'autorité outrancière d'une direction obsédée par le pouvoir. L'atmosphère est devenue irrespirable», a lancé Lisette Lapointe. L'ancien premier ministre Jacques Parizeau, qui avait accusé Pauline Marois de cultiver le «flou artistique» au sujet de la souveraineté, accompagnait sa femme, lundi. Il s'est dit «très conscient» du caractère symbolique de sa présence.

D'autres dissidents?

Bien d'autres députés restent déterminés à ne pas appuyer le projet de loi 204 en dépit du diktat de la chef. Selon des sources fiables, après avoir décidé d'aller de l'avant avec le projet de loi controversé, Mme Marois a constaté que 40 de ses 53 députés étaient réticents à l'appuyer. Après trois réunions mouvementées, Mme Marois est parvenue à en rallier plusieurs. Mais encore aujourd'hui, de 15 à 20 députés s'opposent toujours au projet de loi porté par leur collègue Agnès Maltais, a appris La Presse. Une demi-douzaine d'entre eux pourraient rejoindre les trois démissionnaires.

Il y a une semaine, un député a proposé que l'on permette au moins aux dissidents de s'abstenir de voter. Selon une source sûre, la chef a répliqué: «Je ne peux pas faire ça. Je perdrais la moitié de mon caucus.»

La rencontre du caucus péquiste, ce matin, sera déterminante. L'ascendant de Mme Marois sur ses troupes est en jeu. Bien des doigts accusateurs pointent vers sa chef de cabinet, Nicole Stafford, pour le cafouillage autour de ce projet de loi.

Hier, en toute fin de soirée, des stratèges péquistes ont indiqué que Mme Marois serait prête à jeter passablement de lest au caucus de ce matin pour éviter un schisme. «Tout sera sur la table», ont-ils dit.

Bernard Drainville

Autre poids lourd péquiste, Bernard Drainville s'est tenu coi en caucus. Mais en privé, devant des collègues, il a maintes fois critiqué sévèrement la décision d'appuyer ce projet de loi. Selon lui, le PQ donne l'impression qu'il ne tient pas à la transparence totale qu'il exige pourtant depuis des mois à l'Assemblée nationale. L'ancien journaliste a beaucoup poussé pour que Pauline Marois accepte que ses députés puissent s'absenter au moment du vote.

À la veille de la sortie fracassante de ses collègues, il les a invités à serrer les rangs, convaincu qu'ils affaibliraient «peut-être irrémédiablement le mouvement indépendantiste québécois» en faisant «sauter la baraque». Le député de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, autre opposant au projet de loi, a lui aussi reçu le message texte de M. Drainville.

Mais une fois la brèche ouverte, le mal est fait, et l'ancien journaliste n'exclut pas la possibilité de s'opposer au projet de loi, résument des péquistes à qui il a ouvert son jeu.

Farouches adversaires

Parmi les plus farouches adversaires du projet de loi 204 se trouvent aussi l'ex-syndicaliste Monique Richard, députée de Marguerite-d'Youville, et Irvin Pelletier, de Rimouski.

Élu dans Bertrand, Claude Cousineau a annoncé ses couleurs avant même le point de presse des trois dissidents, lundi matin. «Si on m'oblige à voter là-dessus, je n'aurai pas d'autre choix que d'aller siéger comme député indépendant. C'est important que je puisse voter comme je veux», c'est-à-dire contre, a-t-il lancé. «Si elle (Pauline Marois) donne la possibilité de m'abstenir, je vais m'abstenir. Si elle veut que je reste dans le parti. Sinon, elle m'obligera à prendre une autre tangente», a-t-il dit à La Presse. «On a demandé en 2010 aux municipalités de tout resserrer sur l'attribution des contrats, on ne peut pas voter pour ça», a-t-il résumé.

Sylvain Pagé, député de Labelle, a déjà indiqué son désaccord dimanche. Il est fortement tenté de suivre la voie des trois dissidents.

Trop peu, trop tard

Vers 10h15, une heure avant la conférence de presse des députés Curzi, Lapointe et Beaudoin, Pauline Marois leur a offert la possibilité de voter contre le projet de loi ou de s'absenter au moment du vote. Cette proposition était «trop tardive», a dit M. Curzi, qui reconnaît que le geste des trois dissidents «va porter un coup au Parti québécois et au leadership de Pauline Marois».

Au congrès d'avril dernier, la chef a été plébiscitée par 93% des délégués, un appui record au PQ. Mais «il y a eu une sorte de durcissement» dans l'attitude de la chef au lendemain de ce congrès, a souligné Pierre Curzi. «Je ne souhaite pas le départ de Pauline Marois, mais la transformation du parti», a de son côté affirmé Louise Beaudoin.