Québec solidaire est divisé sur l'idée d'assujettir les cégeps à la loi 101. Son seul député, Amir Khadir, a heurté des militants en s'opposant à la mesure proposée par le Parti québécois. Le parti a finalement décidé de soumettre la question au vote de ses membres.

Tommy Chouinard LA PRESSE

À quelques jours du congrès du PQ où Pauline Marois subira un vote de confiance, M. Khadir et Émilie Guimond-Bélanger, qui agit comme co-porte-parole en l'absence de Françoise David, ont présenté la vision de leur parti sur la promotion du français, mais aussi la souveraineté. Ils ont condamné la démarche «attentiste» du PQ, fondée sur le «ressentiment» et les «chicanes» avec Ottawa. «C'est une position désolante par rapport à sa faiblesse et sa tiédeur», a dit M. Khadir en conférence de presse.

Questionné afin de savoir pourquoi il tient une conférence de presse sur ce thème juste avant le congrès péquiste, le député de Mercier a répondu: «On soumet ça pour que ça puisse aider à la réflexion de nos chers amis membres du PQ.» Cherche-t-il à «troubler» les délégués péquistes, à leur faire un «appel du pied» ? lui a-t-on demandé. «C'est un appel à tous ceux qui se désolent de voir que, peut-être, la direction du PQ n'a pas montré toute la détermination dont le mouvement indépendantiste a besoin», a-t-il rétorqué.

Québec solidaire demande donc à ses militants s'il doit donner son appui à l'extension de la loi 101 aux cégeps. Amir Khadir s'était pourtant prononcé contre cette mesure le 16 février. Il reconnaît aujourd'hui que des militants, dont au moins un membre du comité de direction nationale, sont en faveur et n'ont pas apprécié sa sortie. «C'est sûr qu'il y a eu des débats à l'interne parce qu'il y avait eu la perception que j'avais tracé une ligne pour Québec solidaire», a-t-il affirmé.

Pas un désaveu

Les membres se prononceront sur la question lors du congrès de la fin de l'année. M. Khadir, qui s'oppose toujours aussi fermement à la mesure, ne s'attend pas à un désaveu de la part des militants. «Je pense pouvoir mener le débat et convaincre (les militants) qu'on n'a pas besoin de restreindre les droits individuels», a-t-il dit.

Selon lui, le PQ a proposé cette extension de la loi 101 pour faire oublier qu'il a «un sérieux problème avec sa démarche vers la souveraineté». «À l'approche du congrès, la direction du PQ a sans doute besoin de faire miroiter une impression d'une plus grande fermeté sur quelque chose, en tout cas sur une question identitaire», a-t-il dit. Le PQ «allume des feux ou grossit un problème», la situation du français à Montréal, «pour cacher» la faiblesse de sa proposition sur la souveraineté.

Québec solidaire estime qu'il faut surtout faire la promotion du français dans les milieux de travail. Il propose par exemple d'abaisser de 50 à 25 employés le seuil à partir duquel la loi 101 s'applique dans une entreprise.

Amir Khadir et Émilie Guimond-Bélanger ont lancé hier une campagne intitulée «Pour un pays de projets» afin de faire la promotion de la démarche d'accession à la souveraineté de leur parti. S'il est porté au pouvoir, Québec solidaire déclencherait l'élection d'une assemblée constituante pour rédiger une Constitution d'un Québec indépendant. Les citoyens se prononceraient ensuite par référendum sur les propositions de l'assemblée.