Les élèves de la 6e année primaire consacreront la moitié de leur année à apprendre l'anglais de façon intensive, a annoncé Jean Charest, mercredi.

Mis à jour le 24 févr. 2011
Tommy Chouinard LA PRESSE

Cette mesure, inattendue, fait partie de l'offensive tous azimuts que le premier ministre a lancée pour regagner la faveur populaire. Dans son discours d'ouverture de la nouvelle session parlementaire, il a fixé cinq priorités pour la dernière ligne droite de son mandat: éducation, emploi, développement durable, maîtrise des ressources et santé.

Après avoir mis en place l'enseignement de l'anglais en 1re et 2e années du primaire, Jean Charest veut aller plus loin. Tous les élèves de sixième année feront «l'apprentissage intensif de l'anglais» durant la deuxième moitié de l'année scolaire, de février à juin. Toutes les autres matières seront enseignées de septembre à janvier.

«Il n'y a aucune opposition entre la pleine maîtrise du français et la connaissance d'une deuxième et d'une troisième langue», a-t-il plaidé, rappelant que son gouvernement a augmenté le temps consacré à l'enseignement du français.

La mesure sera instaurée progressivement dans tout le Québec sur un horizon de cinq ans. Québec n'a tout simplement pas assez d'enseignants qualifiés pour la mettre en place partout dès l'automne, a reconnu la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. M. Charest veut des «collaborations nouvelles» entre les commissions scolaires francophones et anglophones pour concrétiser son engagement.

Selon la ministre Beauchamp, des écoles offrent déjà un programme d'apprentissage intensif de l'anglais. C'est le cas de 16 des 21 écoles de la commission scolaire du Lac-Saint-Jean, une situation exceptionnelle. Les élèves doivent souvent se soumettre à des tests de sélection pour avoir une place dans une classe d'anglais. Désormais, tous apprendront la langue de Leonard Cohen de façon intensive.

L'an dernier, le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, avait proposé que les élèves de 6e année reçoivent la moitié de leur enseignement en anglais. Lors de la campagne électorale de 2008, la chef péquiste Pauline Marois s'était engagée à abolir l'enseignement de l'anglais au premier cycle du primaire et à instaurer l'enseignement intensif de cette langue à la fin du primaire. Elle avait soulevé un tollé en affirmant que l'histoire pourrait être enseignée en anglais.

Vouvoiement et technologies

Toujours en éducation, Jean Charest préconise le retour du vouvoiement en classe. Il compte instaurer des formations au civisme dans les écoles, qui devront toutes adopter un «code de vie centré sur le respect de la personne, de l'autorité, du professeur et des directions».

Pour faire passer l'école à l'ère des nouvelles technologies, Jean Charest a annoncé que chaque classe sera équipée d'un «tableau blanc intelligent» en lieu et place du tableau noir. Chaque enseignant aura son ordinateur portable.

Jean Charest veut en outre renforcer le sentiment d'appartenance à l'école grâce au sport. Il entend investir dans de nouveaux équipements d'entraînement et doter les équipes scolaires «d'uniformes que les élèves seront fiers de porter».

Le premier ministre par ailleurs a promis de «contribuer encore davantage» au financement des universités. Mais les étudiants devront faire leur «juste part», ce qui signifie une nouvelle hausse des droits de scolarité.

Toutes ces mesures ont un coût, inconnu pour le moment, mais Jean Charest a assuré qu'elles ne débordent pas du «cadre financier» du gouvernement. Il maintient son objectif de retrouver l'équilibre budgétaire en 2013-2014. Il a à peine abordé l'état précaire des finances publiques.

Optimisme

Jean Charest n'a eu que trois phrases pour la controverse sur la construction qui a marqué la première moitié de son mandat. «Nous avons mis en place un arsenal policier, législatif et administratif pour traquer ceux qui contournent les règles», a-t-il souligné.

Il a voulu tourner la page sur son annus horribilis avec un discours débordant d'optimisme. «Dans nos débats, nous jetons souvent sur nous-mêmes un regard sévère. Pourtant dans l'addition des plus et des moins, il est incontestable que le Québec est parmi ce que l'humanité a de mieux à offrir», a-t-il affirmé.

En matière de développement durable, Jean Charest veut que le Québec prenne le virage de la voiture électrique. Il présentera un plan pour appuyer la fabrication de pièces et d'infrastructures de recharge. Il entend «appuyer» les sociétés de transports qui se convertiront à l'électricité et «encourager» les Québécois à choisir des véhicules électriques et hybrides. Son objectif: faire passer de 38% à 32% dans 10 ans la part des énergies fossiles dans le bilan énergétique du Québec.

Jean Charest a confirmé qu'un nouveau régime de redevances pour le gaz serait mis en place. Une partie des redevances tirées de l'exploitation du pétrole, du gaz et des minerais sera versée au Fonds des générations pour réduire la dette.

Le gouvernement va resserrer comme prévu les lois et les règlements sur la prospection et l'exploitation du gaz de schiste et du pétrole. Jean Charest souhaite conclure «dans les meilleurs délais» une entente avec le fédéral pour exploiter le gisement Old Harry, dans le golfe Saint-Laurent. Il veut toucher toutes les redevances.

Contrairement aux attentes, le premier ministre est demeuré flou sur les contours du Plan Nord, qui sera dévoilé dans les prochaines semaines. «Ce plan sera aux décennies 2010, 2020, 2030, ce que la Manic et la Baie-James ont été pour les décennies 60 et 70, a-t-il lancé. Il entraînera des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars.»