Gérard Deltell laisse la porte ouverte à l'idée de former une alliance avec François Legault, mais il est hors de question de saborder l'ADQ. Il se réjouit que l'ancien ministre «tourne le dos à la gestion libéralo-péquiste des 40 dernières années».

Mis à jour le 22 févr. 2011
Tommy Chouinard LA PRESSE

De son côté, le PQ trouve que le manifeste de la Coalition pour l'avenir du Québec est «décevant» et que M. Legault «manque de courage».

Au cours de sa conférence de presse, hier, François Legault n'a exclu ni la création d'un nouveau parti ni une éventuelle fusion de sa coalition avec l'ADQ.

Interrogé sur cette dernière option, pour savoir par exemple s'il pourrait confier les rênes du parti à M. Legault, Gérard Deltell n'a pas fermé la porte. «On n'en est vraiment pas là», s'est-il contenté de répondre, soulignant que la question est «hypothétique».

»Pas de place» pour deux partis de droite

Selon lui, il n'est «aucunement question de saborder l'ADQ». Et «il n'y a pas de place pour deux partis» à droite de l'échiquier politique. Pour obtenir du changement, «les Québécois devront se débarrasser des deux vieux partis et faire confiance à un nouveau parti pour gouverner, et c'est un parti qui existe déjà: l'Action démocratique du Québec. L'ADQ est en train de définir un nouveau Québec et, comme chef, je dirigerai ce parti», a-t-il dit.

Le manifeste séduit les ex-adéquistes Éric Caire et Marc Picard, devenus députés indépendants. «À bien des égards, j'avais l'impression de me lire moi-même!» a lancé M. Caire. Il souhaite que «les gens à droite du centre» - la coalition de M. Legault, l'ADQ et le Réseau Liberté-Québec (RLQ) - «se coalisent et travaillent ensemble».

La porte-parole du RLQ, Johanne Marcotte, trouve toutefois que François Legault ne va pas assez loin. «Il veut encore faire perdurer l'idéologie étatiste. On n'est plus à mettre du chlore dans la piscine, il faut changer l'eau» a-t-elle plaidé, soulignant que M. Legault lui a déjà dit qu'elle était «trop à droite».

Le député péquiste Bernard Drainville critique le choix François Legault de mettre de côté la souveraineté. «Il appelle le Québec à plus de courage, et lui fait exactement le contraire en renonçant à ce qui a été la bataille de sa vie», a-t-il affirmé. Il ne voit «pas grand-chose de neuf» dans le manifeste. «Il a fait monter les attentes, et il réaffirme des consensus et des idées largement partagées. Plus d'éducation et moins de bureaucratie, y a-t-il quelqu'un qui est contre ça?»

Du côté du gouvernement, le ministre Pierre Moreau trouve bien vagues les propositions de M. Legault, qui, selon lui, se résument à prôner «le bien contre le mal». Aux yeux de Québec solidaire, M. Legault a tort de laisser de côté la question nationale. Sa présidente, Françoise David, trouve que le manifeste «manque de substance». «Sur le fond, M. Legault et moi sommes très loin», a-t-elle noté.

Le réseau de l'éducation sceptique

Même s'ils approuvent l'idée de faire de l'éducation la priorité absolue, les acteurs du réseau sont sceptiques quant aux propositions de François Legault. Une augmentation du salaire des enseignants serait bienvenue, mais ce n'est pas une solution au décrochage scolaire, estime le président de la CSQ, Réjean Parent. Pour améliorer la réussite scolaire, il faut surtout, selon lui, diminuer le nombre d'élèves par classe et embaucher des professionnels pour venir en aide à ceux qui ont des difficultés d'apprentissage. Cet avis est partagé par la Fédération des comités de parents. La présidente de la Fédération des commissions scolaires, Josée Bouchard, se dit «très perplexe». M. Legault propose une décentralisation au profit des écoles sans en préciser les modalités, déplore-t-elle. Le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec, Louis-Phlippe Savoie, accuse François Legault de vouloir «refiler aux étudiants la facture» d'un réinvestissement dans les universités.

Avec La Presse Canadienne