Le député péquiste Bernard Drainville a porté plainte à la police, l'automne dernier, pour intimidation. Le neveu de l'entrepreneur en construction Franco Fava et un de ses amis, une «armoire à glace» selon les témoignages, l'auraient menacé dans un restaurant de Québec à cause de sa dénonciation du rôle de M. Fava auprès du Parti libéral du Québec.

Mis à jour le 15 janv. 2011
André Noël LA PRESSE

«J'ai porté plainte parce qu'on a voulu m'intimider dans le dossier de la construction et au sujet du rôle de M. Fava, a dit M. Drainville, joint par téléphone en fin de journée, vendredi. Je crois que les députés n'ont pas à subir d'intimidation: ils ont un travail à faire, ils ont des questions à poser et un rôle important à jouer. Si on ne réagit pas, les personnes qui font des menaces pensent qu'il n'y a pas de conséquence à agir ainsi. Ce genre d'incident est inacceptable pour un député... D'autant plus que j'étais avec ma conjointe, lors d'une soirée privée qui n'avait rien à voir avec mon action politique.»

«À la suite de cette altercation, M. Drainville a communiqué avec la Sûreté du Québec, comme le prévoient les règles pour les élus de l'Assemblée nationale en pareille circonstance, indique le Parti québécois dans un communiqué publié vendredi après-midi. La Sûreté du Québec a alors recommandé à M. Drainville de porter plainte au Service de police de la Ville de Québec.»

Ni le PQ ni M. Drainville n'ont voulu faire d'autres commentaires. Selon ce qu'a pu apprendre La Presse, l'incident s'est produit le vendredi 26 novembre 2010 au restaurant Il Matto, rue Myrand, à Québec. M. Drainville et sa conjointe fêtaient un anniversaire avec un groupe d'amis. Lorsqu'il est arrivé au restaurant, le député a été accosté par un client qu'il ne connaissait pas. Il lui aurait dit sur un ton hostile: «Hé, Drainville, répète donc ce que tu as dit en Chambre sur Fava!»

M. Drainville n'a rien répondu et s'est assis à sa table. Quelques minutes plus tard, le même homme se serait planté devant lui et lui aurait lancé: «Répète-le donc ici, on va voir ce que t'as dans tes culottes, on va voir si t'as des couilles!»

Au mois d'avril dernier, M. Drainville s'était montré très sarcastique, à l'Assemblée nationale, à propos de M. Fava. Il avait notamment déclaré: «Monsieur le président, le collecteur Franco Fava déclarait vendredi dans le journal: "Ce n'est pas parce qu'on ramasse 50 000 $ par année qu'on gère le parti (libéral du Québec)." Il s'empressait d'ajouter que son équipe de sept, huit collecteurs ramassait 200 000, 300 000, 400 000$ par année, dépendamment des années... Monsieur le président, 300 000, 400 000 $, ça doit être ça qui donne le droit à M. Fava d'influencer les nominations au gouvernement... C'est ce qui s'appelle le "favaritisme", hein?»

Plus tard dans la soirée, toujours au même restaurant, un ami du premier homme s'est approché de M. Drainville et aurait chuchoté: «Tu sais que t'es un beau trou de cul, Drainville !» Il est revenu ensuite avec un iPhone et lui aurait montré un extrait de son intervention à l'Assemblée nationale. Puis il aurait ajouté: «Tu devrais faire attention, on sait tout, on peut tout trouver, maintenant.» M. Drainville lui aurait demandé d'aller se rasseoir.

Ses propres amis sont ensuite allés dehors pour fumer. L'homme qui avait accosté M. Drainville lors de son arrivée au restaurant leur aurait alors dit qu'il allait retourner voir M. Drainville à sa table. C'est à cette occasion qu'il se serait présenté comme étant le neveu de M. Fava.

M. Drainville a demandé conseil à l'agent de la SQ qui est responsable de sa sécurité. Cet agent lui a conseillé de porter plainte à la police de Québec, ce qu'il a fait le lundi suivant. Le député s'est dit étonné de voir l'incident relaté sur les ondes de TVA, vendredi. «Je ne voulais pas ébruiter cette affaire, a-t-il dit à La Presse. Je veux laisser la police faire son travail.»

Nous avons laissé un message téléphonique à M. Fava, vendredi, mais il n'a pas rappelé.

- Avec la collaboration de Fabrice de Pierrebourg