Le premier ministre Jean Charest et le président français Nicolas Sarkozy veulent mettre la culture à l'abri des lois du marché, ce à quoi des membres de l'Union européenne sont réticents. Ils ont convenu, hier, de lutter pour s'assurer que les produits culturels ne soient pas assimilés à des marchandises comme les autres dans le futur accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe des 27.

Tommy Chouinard LA PRESSE

Au deuxième et dernier jour de sa mission écourtée en France, Jean Charest s'est entretenu pendant une cinquantaine de minutes avec le président Sarkozy à l'Élysée. Les deux hommes ont fait le point sur les négociations en vue de conclure un partenariat Canada-UE, des négociations qui entrent «dans la dernière ligne droite», selon M. Charest. Ils se sont entendus pour travailler à ce qu'un futur accord comprenne une «clause d'exception culturelle large», une clause qui exclurait de l'accord le secteur de la culture.

«Nous voulons que l'entente soit très claire sur la capacité des États à soutenir leur secteur culturel», a affirmé Jean Charest au cours d'un bref point de presse à l'issue de la rencontre.

Selon lui, l'objectif est de rendre l'accord éventuel «compatible» avec la convention de l'UNESCO sur la diversité culturelle. «Nous voulons que l'entente spécifie de manière très très explicite la protection de nos industries culturelles et l'exception culturelle. Quant à nous, ça va de soi. Mais trop fort casse pas, comme on dit au Québec», a-t-il lancé lors d'une autre conférence de presse, celle-là en compagnie du premier ministre François Fillon. M. Charest l'a rencontré lui aussi au cours d'une journée qui, pour la délégation québécoise, a eu l'allure d'un marathon.

«Nous défendons l'exception culturelle avec la même force, a dit François Fillon. Et nous allons la défendre dans le cas de l'accord en cours de négociation entre l'Union européenne et le Canada.»

Pour les Américains, qui n'ont pas signé la convention de l'UNESCO, «la culture est une question de commerce, a ajouté Jean Charest. Pas pour nous. Il faut conscientiser les 27 États membres à cette question-là».

M. Charest a précisé que les pays membres de l'Union «n'ont pas tous le même degré de sensibilité» à l'égard de la protection du secteur culturel. Selon le négociateur en chef du Québec, l'ancien premier ministre Pierre Marc Johnson, «il y a des gens dans l'Union européenne apparemment pour qui c'est un intérêt» que les produits culturels, dans les domaines de l'édition et de l'audiovisuel par exemple, soient considérés comme des «activités commerciales». Mais cette question est «marginale à ce stade-ci» des négociations, a-t-il dit, soulignant que des «poids lourds» comme le Canada, la France et l'Allemagne militent pour une clause d'exception culturelle. Le délégué général du Québec à Bruxelles, Christos Sirros, se fait également rassurant. «Je ne vois pas ça comme un enjeu qui pourrait faire dérailler les négociations», a-t-il dit.

Or, en septembre, le sénateur libéral Francis Fox écrivait dans La Presse que «l'exemption culturelle est menacée» car l'Union européenne a jugé «trop large» la clause proposée par le Canada en vue de protéger le secteur de la culture.

Selon Jean Charest, Nicolas Sarkozy devait aborder le sujet lors d'un entretien avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, plus tard dans la journée.

Mobilité de la main-d'oeuvre

Au cours de leur conférence de presse commune, Jean Charest et François Fillon se sont félicités de la mise en oeuvre de l'accord sur la mobilité de la main-d'oeuvre signée il y a deux ans. Des ordres professionnels et des corps de métiers français et québécois ont signé une dizaine d'arrangements de reconnaissance mutuelle (ARM) des qualifications professionnelles cette semaine. À ce jour, 69 métiers et professions sont visés par des ARM. Des ordres professionnels et des corps de métier négocient toujours, mais il n'y aura pas une centaine d'ARM comme Jean Charest le prévoyait il y a deux ans.

Toujours pour favoriser la mobilité de la main-d'oeuvre, MM Charest et Fillon ont signé, hier, une entente visant entre autres à faciliter l'entrée, le séjour et l'obtention d'autorisation de travail au Québec et en France.

Les deux premiers ministres ont également dévoilé une série d'activités qui se tiendront l'an prochain en France pour souligner le 50e anniversaire de la délégation générale du Québec à Paris.

La mission de M. Charest se déroulait dans le cadre des visites alternées entre les premiers ministres français et québécois, qui ont lieu tous les deux ans. Elle a duré deux jours au lieu de cinq en raison de sa décision de participer au vote sur la motion de censure du Parti québécois, mercredi. Des activités prévues à l'horaire, comme la rencontre avec la chef du Parti socialiste, Martine Aubry ainsi qu'une visite à l'Assemblée nationale, ont été annulées, car elles ne pouvaient avoir lieu à un autre moment.

Fillon visitera le Nord-du-Québec l'an prochain

Le premier ministre français François Fillon se rendra dans le Nord-du-Québec en juin 2011, alléché par les occasions d'affaires potentielles que représente le développement de ce territoire. «Le gouvernement français et les entreprises françaises suivent de très près (...) les grands projets qui animent le Québec sur son développement pour les prochaines années. Le plus important et le plus immédiat est le Plan nord», a-t-il affirmé hier. Soulignons que peu de détails sont connus au sujet de ce plan. Le gouvernement Charest a reporté sa présentation, qui devrait finalement avoir lieu en mars.