Pauline Marois à la tête du Parti québécois remporterait des élections contre Jean Charest. Pierre Curzi aussi. Comme Bernard Drainville.

Denis Lessard LA PRESSE

Mais Gilles Duceppe, lui, balaierait le Québec.

Du côté libéral, rien ne va plus. L'image du parti a été tellement amochée au cours des derniers mois que l'arrivée de Nathalie Normandeau ou de Raymond Bachand aux commandes ne changerait pratiquement rien. Comme Jean Charest, ils seraient incapables de battre Pauline Marois.

C'est ce que constate CROP dans un sondage réalisé pour La Presse, du 17 au 22 novembre auprès de 1000 internautes.

Quelque 77% des gens pensent que Jean Charest devrait quitter son poste, 59% croient que Pauline Marois devrait passer la main. Mais les deux chefs peuvent compter sur l'appui des trois quarts de leurs partisans - 72% des votants péquistes pensent que Mme Marois doit rester et 75% des électeurs libéraux souhaitent que Jean Charest reste en selle.

Avec les chefs actuels, le PQ remporterait clairement les élections - avec environ 80 sièges sur 125. Le parti de Pauline Marois obtiendrait 38% des intentions de vote contre 23% pour le PLQ avec Jean Charest. L'ADQ décrocherait 15% d'appuis et Québec solidaire 12%.

Le tableau ne change guère si on confie la direction du PQ à certains des députés péquistes actuels considérés comme des successeurs potentiels de Mme Marois. Ainsi, le PQ de Pierre Curzi obtiendrait 40% d'appuis. Même issue avec Bernard Drainville, qui, avec 39%, fait un point de moins que son collègue Curzi, mais tout de même un point de plus que sa patronne actuelle.

Avec Duceppe, les planètes se réalignent

Mais dès qu'on met en lice le nom de Gilles Duceppe, les planètes se réalignent. Le chef du Bloc à la tête du PQ obtiendrait un résultat écrasant: 49% des suffrages soit 11% de mieux que Mme Marois.

Dans le contexte où quatre partis «nationaux» se disputent les électeurs, un tel score assurerait une victoire écrasante au PQ. Un véritable balayage, estime Youri Rivest, vice-président de CROP.

Les Marois, Curzi et Drainville «s'appuient sur le fonds de commerce du PQ», dit-il. Avec 49%, le chef bloquiste «élargit la coalition, va chercher les indépendantistes et rejoint les nationalistes. Comme le Bloc québécois», poursuit l'expert.

Il faut remonter à la victoire du PLQ en 1989 pour retrouver un score du même niveau - et à l'époque on était bien près du bipartisme. Le PQ avait atteint son sommet avec 49% en 1981.

«Avec Duceppe au PQ, les libéraux seraient repoussés dans leurs derniers retranchements: les circonscriptions dans lesquelles on retrouve une proportion importante de non-francophones», résume M. Rivest. Avec le bloquiste aux commandes, le PQ gagnerait des voix d'un peu partout. L'ADQ céderait quatre points, tout comme Québec solidaire. Les libéraux descendraient de 23% à 21% d'appuis.

Du côté libéral, l'impact de la chaise musicale est nettement moins spectaculaire. Avec Nathalie Normandeau ou Raymond Bachand à la barre, le PLQ perdrait tout de même les élections aux mains de Pauline Marois. M. Bachand fait même deux points de moins que Jean Charest. Mme Normandeau, à 28%, obtient cinq points de plus que son chef. Sous sa gouverne, son parti récolterait tout de même neuf points de moins que le PQ, ce qui désamorce l'argument de ceux qui pensent qu'une femme contre Mme Marois pourrait changer la donne.

«C'est l'image, la marque libérale qui est endommagée. Les membres du gouvernement n'incarnent pas le changement et ne permettraient pas au PLQ de sortir du marasme», constate Youri Rivest.

Mais quel que soit le chef du PQ, il aura un beau casse-tête devant lui. CROP observe que 63% des gens sont «peu ou pas du tout intéressés» par la tenue d'un autre référendum sur la souveraineté du Québec. Près d'un Québécois sur deux (46%) ne veut pas entendre parler d'une nouvelle consultation. En revanche, pas moins de 85% des souverainistes - essentiellement membres du PQ - tiennent, eux, à un autre référendum...