Assiégée à la fois par le courant des jeunes souverainistes et par le spectre d'un nouveau parti autour de François Legault, Pauline Marois a refusé de jeter du lest, cette semaine, en dépit des pressions d'une partie de son caucus.

Publié le 6 nov. 2010
Denis Lessard LA PRESSE

Mardi soir, les députés péquistes se sont réunis en secret pour discuter de modifications à l'article 1 du programme du PQ, qui s'engage à organiser un référendum au «moment jugé opportun».

Les débats sont vite devenus «très émotifs», a-t-on confié à La Presse. Bien des députés - près d'une dizaine, indique-t-on - étaient passablement d'accord avec le verdict de Lisette Lapointe, députée de Crémazie et femme de l'ex-premier ministre Jacques Parizeau, qui juge «plutôt faible» l'article 1 du programme du PQ. Rien d'étonnant pour des vétérans, mais il y avait un bon moment que les débats, à l'interne, avaient atteint autant d'intensité, explique-t-on.

Les jours précédents avaient été passablement éprouvants pour Pauline Marois et sa garde rapprochée. De jeunes souverainistes, une quinzaine à l'origine, étaient parvenus à se hisser dans les manchettes avec une lettre publique comparant la «gouvernance souverainiste» de Pauline Marois au plan autonomiste de l'ADQ. Le coup était déjà agaçant, mais il s'est révélé plus douloureux quand il est devenu évident que cette phalange était plus proche du Bloc québécois que du PQ et que l'entourage de Gilles Duceppe avait été au courant de cette démarche.

Cela s'ajoutait aux incertitudes du côté de François Legault, qui tente actuellement de regrouper des gens autour d'une position commune avec l'idée de créer un nouveau parti politique. Joseph Facal, qu'on croyait acquis à la démarche, avait pris ses distances vendredi de la semaine dernière et prévenu qu'un nouveau parti serait «extrêmement difficile» à mettre sur pied. Mais les péquistes avaient aussi compris que l'ancien député de Fabre avait dit, publiquement, qu'il n'avait même plus sa carte de membre du PQ.

Une démarche contraignante

Après cette période tumultueuse, la rencontre des députés, mardi, visait à discuter d'une proposition détaillée de la députée de Crémazie, Lisette Lapointe, au conseil national du PQ à Saint-Hyacinthe, deux semaines plus tôt. Mme Lapointe avait proposé la mise sur pied d'une commission sur la souveraineté, qui serait chargée de préparer le projet de Québec souverain. La proposition était passablement contraignante. La nouvelle commission aurait eu à faire rapport sur l'avancement de ses travaux aux conseils nationaux et aux conférences des présidents d'association.

Des députés peu connus, comme Mathieu Traversy (Terrebonne) et Sylvain Pagé (Labelle) ont appuyé fermement la démarche de Mme Lapointe. Jean-Martin Aussant (Nicolet-Yamaska) est aussi de ceux qui souhaitent voir beaucoup plus de détermination en faveur de la souveraineté dans le programme du PQ.

Sans surprise, Monique Richard (Marguerite-d'Youville) et Pierre Curzi (Borduas) ont joint leur voix au concert des élus qui voulaient une proposition plus musclée. Curzi voulait aussi plus de chair autour des «référendums sectoriels» que prévoit la stratégie de récupération «à la pièce» des compétences du Québec que propose le plan Marois.

Les discussions ont débordé et, au caucus statutaire du mercredi midi, on a constaté «un ralliement des élus autour de l'article 1 tel que rédigé, mais les militants dans les congrès de circonscription et les congrès régionaux auront la possibilité d'ajuster le tir», a expliqué un des participants.

Volte-face de Marois

En privé, la semaine précédente, Mme Marois était, a-t-on appris, plutôt ouverte à cette idée - le fait qu'elle l'ait fait inscrire officiellement à l'ordre du jour du caucus et lui ait donné la parole dès le début en témoigne.

Mais cette semaine, Pauline Marois a jugé que les coups de boutoir reçus de tous les côtés avaient considérablement réduit sa marge de manoeuvre. Tout recul aurait été interprété comme un aveu de vulnérabilité, potentiellement fatal.

Pour cautionner cette retraite, le leader parlementaire, Stéphane Bédard, s'est jeté dans la bataille, exhortant ses collègues à serrer les coudes dans cette période difficile pour Mme Marois. Nul besoin, à son avis, de commencer à charcuter le texte de l'article 1 pour s'ajuster à l'actualité.