Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, met tout son poids pour freiner l'enthousiasme de jeunes bloquistes qui contestent dans une lettre rendue publique ce matin l'approche de Pauline Marois pour accéder à la souveraineté. Ainsi, son chef de cabinet, François Leblanc, a sans détour demandé au groupe associé au Bloc québécois de rayer toute référence au chef Gilles Duceppe.

Mis à jour le 1er nov. 2010
Denis Lessard LA PRESSE

C'est qu'une première mouture de la lettre a suscité des commentaires; on y indiquait que Gilles Duceppe «est le leader souverainiste le plus inspirant en ce moment», une gifle à l'endroit de la chef péquiste. Celle-ci a exigé une rencontre avec Gilles Duceppe, laquelle a eu lieu vendredi au cabinet du chef de l'opposition, Place Ville-Marie, a appris La Presse.

Jean François Landry, dirigeant du Forum jeunesse du Bloc québécois pendant quatre ans jusqu'en février dernier, est à la tête du regroupement de jeunes souverainistes qui publient cette lettre ouverte intitulée «Transformer le rêve en projet».

C'est cette missive qui a circulé la semaine dernière, après que l'ancien chef péquiste Jacques Parizeau eut vanté la «clarté remarquable» de Gilles Duceppe sur la question nationale, notamment dans un discours récent à Washington. M. Parizeau a été moins généreux à l'endroit de Pauline Marois. Sous son leadership, la souveraineté est devenue «comme un hochet qu'on brandit aux militants pour les tenir tranquilles».

Selon Jean-François Landry, la lettre est signée par plus de 20 personnes. On y trouvera des signataires de tout le Québec, mais pas d'anciens élus du Bloc ou du Parti québécois.

Hier soir, La Presse a appris que le chef de cabinet de M. Duceppe, François Leblanc, a fait savoir au groupe, par l'entremise d'un militant de Lévis, Félix-Antoine Dumais-Michaud, que Gilles Duceppe ne voulait pas se voir attiré dans une controverse sur l'avenir de Pauline Marois. En fait, la commande est d'enlever toute référence à Gilles Duceppe, mais on avouait au Bloc ne pas savoir ce qu'en feraient les jeunes militants ce matin.

Membre du PQ, Félix-Antoine Dumais-Michaud est de ceux qui, l'an dernier, se sont opposés à l'idée que les députés péquistes cessent d'acheter de la publicité dans le journal Le Québécois, dirigé par Patrick Bourgeois.

Hier soir, un autre groupe de jeunes indépendantistes a ajouté sa voix au concert. Les Jeunes Patriotes du Québec (JPQ) estiment que «d'insister sur la tenue d'un troisième référendum est un manque flagrant de sens commun».

Paolo Zambito, porte-parole des JPQ, a affirmé: «Pendant que notre système de santé s'écroule, que notre identité nationale recule, que les défis planétaires s'intensifient et que les citoyens sont écrasés par des hausses de tarifs, les péquistes, eux, s'obstinent sur la date d'un référendum qui n'aura probablement jamais lieu. Ce n'est pas très sexy!» Plus question pour ce groupe de mobiliser les gens autour de la question référendaire. «Nous sommes toujours indépendantistes, mais les élites souverainistes devraient trouver une nouvelle façon de présenter leurs idées parce que ça fait presque 40 ans qu'ils tournent en rond», a déclaré M. Zambito.

«Si l'indépendance est réellement un enjeu pour les péquistes, ils devront y travailler un peu plus sérieusement et intelligemment», conclut-il.