Le vaste mouvement de réflexion que veut lancer François Legault a déjà du plomb dans l'aile. L'ex-ministre péquiste peine à recruter dans les rangs des ténors fédéralistes, un passage obligé selon lui pour assurer une certaine crédibilité à son aventure.

Denis Lessard LA PRESSE

Le groupe en gestation a trouvé au moins un adversaire: Bernard Landry dénonce «l'erreur» de ses anciens ministres François Legault et Joseph Facal: «Je suis étonné que des gens intelligents comme MM. Legault et Facal prennent une voie aussi illogique», a dit hier l'ancien premier ministre. «Je les respecte beaucoup, mais ils se trompent.»

Il compte bien plaider contre le nouveau mouvement devant tous les auditoires possibles. «Les hommes et les femmes qui pensent que ce n'est pas une bonne chose ont le devoir de prendre la parole et de le dire. C'est ce que je dis à tout le monde qui m'en parle. J'en ai parlé encore aujourd'hui au cégep de Joliette.»

«Illogique», dit Landry

Ce nouveau parti «est absurde parce qu'il ferait éclater la nébuleuse, fracturerait le vote francophone, ce qui n'est pas bon pour le PQ», a soutenu M. Landry.

De toute façon, sans égard au PQ, «c'est illogique de dire: "Réglons nos problèmes, on fera l'indépendance après." L'indépendance, comme disait René Lévesque, sert à régler nos problèmes», tranche l'ancien chef péquiste.

De plusieurs sources, La Presse a appris que l'un des piliers de la démarche de M. Legault, l'homme d'affaires Charles Sirois, s'est considérablement refroidi depuis que son nom s'est subitement trouvé associé à un parti en gestation dans les médias.

M. Sirois avait déjà flirté avec le monde politique - il avait été responsable des candidatures du PLQ aux élections de 1998, quand les Monique Jérôme-Forget et Benoît Pelletier avaient été convaincus de se joindre au PLQ.

M. Sirois, qui vient de perdre son père, est actuellement président du conseil de la CIBC. Or, le secteur financier est toujours un peu allergique aux sympathies politiques, explique-t-on.

Il faisait partie des convives venus souper chez François Legault le 11 septembre dernier. Mais, à la différence de bien d'autres, sa réflexion était plus avancée, et il envisageait déjà de mettre son nom sur le manifeste que compte publier M. Legault au mois de novembre. Fait significatif, d'ailleurs, on a repoussé la publication de ce texte, prévue à l'origine au mois d'octobre.

Le groupe de M. Legault misait sur une vingtaine de signataires; on n'en compte désormais qu'une dizaine, 12 tout au plus. «Bien des gens sont prêts à débattre, mais pas à se battre», ironise un acteur social bien connu qui, bien qu'on l'ait courtisé, ne sera pas de l'aventure.

D'autres invités au fameux souper n'ont pas aimé voir leur nom dans La Presse. Christiane Germain, du Groupe Germain, plus proche des libéraux, a signifié sa déception à l'ancien ministre péquiste.

Pas d'eau dans le gaz

Joint hier, François Legault a nié qu'il y ait «de l'eau dans le gaz» de son mouvement: «Au contraire, je reçois beaucoup d'appels, je rencontre bien des gens», a-t-il affirmé.

Au sujet de M. Sirois, il a choisi l'esquive: «Des personnes vont se contenter d'appuyer le manifeste; d'autres seront présentes par la suite. Pour l'heure, un groupe de réflexion examine la possibilité d'intervenir dans le débat public. Je ne commencerai pas à dire qui en fait partie ou non.»

«Charles Sirois n'est pas moins engagé qu'au début», a soutenu un autre disciple de François Legault sous le couvert de l'anonymat.

Comme le mouvement a «de plus en plus l'air d'un parti politique», certaines personnes qui ont un emploi se montrent réservées. Marie Grégoire, ex-députée adéquiste, a été pressentie. Tout en étant sympathique à la démarche, elle reste à bonne distance puisqu'elle est analyste à Radio-Canada.

Lucien Bouchard, qui parlait fréquemment à François Legault, a fait savoir publiquement qu'il ne serait signataire d'aucun manifeste, quel qu'il soit, et surtout qu'il n'a pas l'intention de participer au financement du nouveau parti.