La nomination de personnes qui ont contribué à la caisse du Parti libéral aux conseils d'administration des sociétés d'État n'est pas une aberration. Au contraire, c'est une bonne chose, croit le ministre des Finances, Raymond Bachand.

Paul Journet LA PRESSE

«La vraie question à se poser, c'est: les gens qui ne contribuent pas à un parti politique, quel qu'il soit, sont-ils suffisamment intéressés à la chose publique pour être nommés à un conseil d'administration?» a-t-il dit.

La Presse a publié hier le résultat d'une enquête qui révèle que, depuis 2003, les trois quarts des administrateurs nommés au conseil de Loto-Québec, d'Hydro-Québec, de la RIO et de la SAQ avaient donné de l'argent au Parti libéral du Québec.

De 2000 à 2003, sous le gouvernement péquiste de Bernard Landry, la moitié des administrateurs nommés à ces sociétés d'État avaient contribué à la caisse du Parti québécois. Le site du Directeur général des élections ne répertorie pas les dons versés avant 2000.

Donner à un parti politique constitue une louable participation à la vie démocratique, insiste M. Bachand. «Ces contributions ne sont pas seulement légales. Comme le disait Lucien Bouchard, elles sont aussi hautement morales.»

Mais en donnant un chèque à un parti, un candidat améliore-t-il ses chances? M. Bachand juge la question «indigne».

Le ministre de la Justice et de la Réforme des institutions démocratiques, Jean-Marc Fournier, assure que la nomination de donateurs du PLQ n'est pas systématique sous son gouvernement. Près des deux tiers des nominations étaient en fait des renouvellements de mandat, explique-t-il. Et son gouvernement a nommé et renouvelé le mandat de «plusieurs» donateurs à la caisse du PQ et de l'ADQ. Il assure avoir respecté la loi.

Adoptée en 1976 par René Lévesque, la loi sur le financement des partis permet aux particuliers - mais non aux entreprises - de verser jusqu'à 3000$ par année à un parti. La somme n'a jamais été indexée sur l'inflation. «Si elle l'avait été, cela équivaudrait à 10 000$», calcule le ministre Bachand.

Le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, regrette que le gouvernement n'ait pas donné suite au projet de loi 190, présenté par l'adéquiste François Bonnardel. Il proposait de soumettre à l'Assemblée nationale les nominations à certains postes supérieurs, comme le directeur général de l'Institut de la statistique du Québec, les membres de l'Office de la protection du consommateur ou les délégués généraux du Québec.

Comme l'ADQ, l'opposition péquiste a été choquée par les résultats de notre enquête. Le député Bertrand St-Arnaud était visiblement en colère, tellement qu'il a bégayé une question en Chambre, ce qui a fait crouler de rire des membres du gouvernement. « (Les libéraux) sont incapables de concevoir un système non partisan, s'est repris M. St-Arnaud plus tard. Depuis 50 ans, c'est comme ça que ça fonctionnait, Jean Lesage avait créé une indépendance entre l'État et le pouvoir politique. Vous l'avez pervertie, vous avez détruit l'héritage de Jean Lesage. Vous devriez avoir honte.»