Même si son parti remonte la pente dans les intentions de vote, les deux tiers des Québécois estiment que Jean Charest devrait céder sa place comme chef du Parti libéral du Québec.

Martin Croteau LA PRESSE

Le dernier sondage Angus Reid, mené en ligne cette semaine, ne laisse aucun doute quant à la grogne des Québécois à l'égard du gouvernement libéral. Sept répondants sur dix s'en disent insatisfaits. Le résultat est particulièrement dur pour le premier ministre: 67% des répondants, -et 72% des francophones- estiment qu'il devrait «définitivement» ou «probablement» céder sa place.

«Le fait que 40% des gens qui ont voté pour le Parti libéral en 2008 croient que M. Charest devrait laisser sa place, ce n'est pas une bonne nouvelle pour M. Charest», observe le vice-président d'Angus Reid, Jaideep Mukerji.

Au même moment, toutefois, le PLQ voit ses appuis bondir de 8 points par rapport à la dernière enquête Angus Reid, en avril. Ils passent de 23% à 31%.

Le Parti québécois conserve une large avance dans les intentions de vote: 39%, un léger repli de deux points. Chez les francophones, cependant, la domination du PQ est totale: 45% des répondants voteraient pour le parti souverainiste, contre 24% pour les libéraux.

L'ADQ (12%) et Québec Solidaire (8%) conservent à peu près le même score.

Les libéraux reviennent au bercail

Selon Jaideep Mukerji, les électeurs qui ont voté pour le PLQ aux élections de 2008 semblent regagner confiance dans le gouvernement Charest. En avril, à peine 60% des électeurs libéraux appuyaient toujours le parti, contre 80% maintenant.

Le sondage a été mené du 10 au 12 août, soit après la démission du leader parlementaire libéral Jacques Dupuis. Au même moment, le gouvernement Charest annonçait un vaste jeu de chaises musicales au conseil des ministres.

«Les résultats suggèrent que, même si certains libéraux ont vu leur confiance ébranlée par les difficultés du gouvernement, bon nombre d'entre eux ne sont pas prêts à abandonner le parti», affirme-t-il.

Le résultat est obtenu après répartition proportionnelle des nombreux indécis. Plus du quart des 804 personnes sondées ne savaient pas pour qui elles voteraient. La marge d'erreur qui mesure la variation de l'échantillonnage est de 3,46%.

Le gouvernement libéral a été durement critiqué lors de la dernière session parlementaire pour avoir refusé de mettre en place une enquête publique sur l'industrie de la construction. L'opposition l'a également accusé de favoritisme dans l'octroi des places en garderie. L'ancien ministre Marc Bellemare a remis en cause l'honnêteté des dirigeants du PLQ et le processus de nomination des juges. Puis, le ministre Tony Tomassi a été congédié pour avoir utilisé une carte de crédit de la firme BCIA.

Marois guère plus populaire

Mais l'opinion publique n'est guère plus tendre à l'égard de la chef de l'opposition, Pauline Marois. Plus de la moitié des personnes sondées (55%) estiment qu'elle devrait aussi quitter la barre du Parti québécois. Pas moins du tiers des électeurs péquistes pensent que Mme Marois devrait céder sa place comme chef.

Jaideep Mukerji y voit «une condamnation assez claire de la classe politique en général». Selon lui, c'est la multiplication des attaques personnelles lors de la dernière session parlementaire qui explique un tel désaveu à l'égard des politiciens.

«Les attaques de Mme Marois ont certainement le potentiel de nuire à M. Charest et de garder les sujets controversés dans les médias, explique-t-il. Mais elles ont aussi le potentiel de ternir l'image de la classe politique.»