Les différents scandales qui éclaboussent le gouvernement québécois en place ramènent la province 40 ans en arrière, a dénoncé Jacques Parizeau, dimanche, tout en se disant profondément indigné par ces «cochonneries» qui éclatent depuis quelques années.

Mis à jour le 30 mai 2010
Annie Mathieu LA PRESSE CANADIENNE

Invité à préciser ce qui le faisait le plus sortir de ses gonds, l'ancien premier ministre du Québec s'est toutefois contenté d'une réponse vague, affirmant que «tout cela» le choquait et qu'il se joignait à ceux qui réclament une commission d'enquête publique.

M. Parizeau a tenu ces propos alors qu'il s'est vu remettre le prix Richard-Arès du meilleur essai 2009 pour son livre La souveraineté du Québec. Hier, aujourd'hui et demain par la Ligue d'action nationale.

Alors qu'il était appelé à commenter son prix devant les quelques personnes rassemblées pour l'événement à la Maison Ludger-Duvernay à Montréal, M. Parizeau, qui a tiré sa révérence politique en 1996, n'a pas su résister à la tentation de décocher quelques flèches en direction du gouvernement libéral en place, se gardant toutefois d'y aller d'attaques ciblées.

Ainsi, il a affirmé qu'après la grande réforme de René Lévesque visant à épurer les moeurs politiques au Québec, le système avait tenu bon et qu'une politique assez propre subsistait.

«De temps à autres, il y avait des affaires, mais c'était dénoncé tout de suite et cela n'allait pas plus loin», a-t-il néanmoins nuancé.

«Ce qui se passe depuis quelques temps nous ramène 40 ans en arrière. Ça n'a pas de bon sens», a poursuivi M. Parizeau.

«Pour quelqu'un de mon âge et qui a participé pendant 40 ans à tous ces efforts pour essayer d'épurer les moeurs, il y a quelque chose d'un peu effrayant», a lancé l'économiste et figure de proue du mouvement souverainiste, qui a admis avoir eu de la difficulté à contrôler son indignation.

«On ne méritait pas cela», a-t-il dit, pour clore le sujet.

Après cette dénonciation, Jacques Parizeau s'est concentré sur l'objet de sa sortie publique, soit son livre et son contenu. Il s'est dit inquiet de voir la Belle Province «morose» et a repris certains thèmes de son essai, soit la démographie et la dette publique.

Selon lui, la crainte de voir la souveraineté du Québec reprendre du poil de la bête ramène dans le discours populaire une argumentation regrettable et connue du passé, soit celle que les Québécois «sont nés pour un petit pain».

Puis, répondant brièvement aux questions des médias, il s'est dit très heureux de voir que presque tout le monde au Québec, y compris la communauté des affaires, était d'accord pour résister à l'implantation d'une commission nationale des valeurs mobilières telle que proposée par le gouvernement fédéral conservateur.

L'homme de 79 ans, qui avait récemment eu des problèmes de santé, semblait par ailleurs en forme dimanche et a confirmé que sa santé s'était améliorée.

Le prix Richard-Arès est décerné depuis 1991 par la Ligue d'action nationale à l'auteur d'un essai témoignant d'un engagement sur les questions d'intérêt national.

M. Parizeau a reçu son prix, dimanche, des mains du philosophe Michel Seymour et du président de la ligue, Denis Monière. Les deux hommes ont encensé l'ouvrage de l'auteur mais également la carrière de cet intellectuel et universitaire au «style british».