Le premier ministre Jean Charest renonce à la prime annuelle de 75 000 $ que lui donne son parti pour faire débloquer les négociations avec l'opposition et permettre l'adoption de son projet de loi sur l'éthique.

Mis à jour le 20 mai 2010
Tommy Chouinard LA PRESSE

«Mon salaire du Parti libéral du Québec de 75 000 $, j'ai toujours cru que c'était légitime pour un parti politique de pouvoir poser ce geste-là», a-t-il expliqué ce matin à l'entrée d'une réunion de son caucus. Mais cette prime, même si elle ne pose pas un problème éthique à ses yeux, est devenue un «obstacle» à l'adoption du projet de loi 48. «Je pense que le projet est important à ce point que je suis prêt à renoncer aux 75 000 $ pour faire adopter ce projet de loi», a affirmé M. Charest.

La semaine dernière, devant l'Union des municipalités du Québec, Jean Charest avait déclaré qu'il tient à ce que le projet de loi 48 soit adopté d'ici le 11 juin. Ce projet, déposé il y a un an, prévoit la création d'un code de déontologie pour les députés et un poste de commissaire à l'éthique. Le gouvernement veut ramener le projet de loi en commission parlementaire la semaine prochaine pour en faire l'étude détaillée.

Le Parti québécois a posé deux conditions à l'adoption du projet. Il demande que le premier ministre renonce à sa «rallonge». Rappelons que cette rémunération de 75 000 $ est versée à M. Charest en sus de son salaire de premier ministre de 175 045 $.

Le PQ veut également qu'un ministre ne puisse posséder une entreprise qui fait affaire avec le gouvernement. Cette condition est déjà respectée, puisque l'affaire Whissell a réglé la question et a ramené cette interdiction dans les règles éthiques du conseil des ministres, estime le gouvernement.

Jean Charest reçoit 75 000 $ par an du PLQ depuis son arrivée à la tête du parti en 1998. L'existence de cette prime n'a toutefois été connue qu'en 2008. C'est le président du PLQ d'alors, Jean D'Amour, aujourd'hui député de Rivière-du-Loup, qui l'avait révélé, plongeant son chef dans l'embarras.

Jean Charest n'a pas l'intention de toucher sa pension du fédéral - à laquelle il a renoncé en faisant le saut au provincial - pour compenser la perte de sa prime.

En décembre dernier, M. Charest justifiait son refus de renoncer aux 75 000 $. Cette prime, «c'est ce que le Parti libéral du Québec et moi avons convenu pour que je puisse avoir ce qu'il me faut pour vivre», disait-il.