Petit-fils d'un enfant anglais émigré à Montréal au début du XXe siècle, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, demande une fois de plus au gouvernement fédéral de présenter des excuses officielles aux quelque 100 000 enfants envoyés au Canada dans la foulée des excuses officielles qu'a présentées hier le premier ministre Gordon Brown.

Mis à jour le 25 févr. 2010
Malorie Beauchemin LA PRESSE

«Il (Gordon Brown) s'est excusé, et l'Australie l'a fait. Le Canada doit le faire», a lancé M. Duceppe, dont le grand-père maternel, John James Rowley, a grandi dans une famille francophone de la région de Deux-Montagnes. «Qu'on ne vienne pas nous dire qu'on ignorait ce qui se passait. (...) Ce gouvernement a cette mentalité de ne jamais faire d'erreur. C'est ça, le dogmatisme borné.»

 

Dans une entrevue parue dans le magazine L'actualité du mois de novembre 2005, M. Duceppe a raconté comment son grand-père, arrivé à Halifax avec d'autres enfants, avait été mis dans un train qui, en route vers Montréal, s'arrêtait à chaque gare. «Les fermiers se choisissaient des employés parmi eux. Comme du bétail», raconte-t-il.

M. Duceppe avait déjà demandé au Canada de présenter des excuses officielles, en novembre 2009, lorsque le premier ministre Kevin Rudd l'a fait au nom de l'Australie. Or, toutes les statistiques démontrent que c'est au Canada que la majorité des enfants ont été envoyés. Très souvent, les garçons devenaient employés de ferme et les filles, domestiques. À bon marché.

Sévices

Plusieurs ont subi des sévices, ont été molestés ou agressés sexuellement. Sur le site internet de Citoyenneté et Immigration Canada, on raconte l'histoire d'un garçon, Everitt Green, à ce point maltraité par son employeur qu'il est mort sept mois seulement après son arrivée. Aussi, trois home children se sont suicidés au pays durant l'hiver 1923-1924.

Mais des mesures ont été prises à l'époque pour éviter les sévices, ajoute-t-on.

Généalogiste amateur de Sainte-Luce-sur-Mer, Robert Claveau a réussi à remonter le parcours de certains des 133 enfants anglais arrivés à Rimouski entre 1875 et 1889 et pris en charge par les soeurs de la Charité, dont les frères Ernest et William Burton, alors âgés de 3 et 4 ans.

«Ernest est devenu boucher à Mont-Joli et William a été navigateur. Sur les 133 arrivants, j'ai retracé 18 mariages. Tous se sont mêlés aux francophones et leurs descendants parlent français. Tout indique qu'ils se sont bien adaptés. Pour nous, c'est une belle histoire», dit M. Claveau, joint chez lui hier.

Les deux tiers des enfants ont été envoyés en Ontario, où une association des home children a été fondée. Un de ses représentants, David Lorente, 81 ans, était à Londres hier pour entendre les excuses de Gordon Brown. Son père, Joseph Arthur, avait été attaqué à coups de fourche par son premier «employeur», selon un article publié dans The Gazette hier.

Au mois d'octobre prochain, Postes Canada émettra un timbre soulignant l'arrivée de ces enfants et leur apport au tissu social du pays. Le texte qui annonce l'émission de ce timbre reconnaît que de nombreux enfants ont été maltraités parce qu'ils avaient été placés dans des institutions non supervisées.

On croit qu'environ un Canadien sur dix serait un descendant de ces jeunes exilés de force.

* * *

L'IMMIGRATION EN CHIFFRES

Nombre d'enfants émigrés: De 100 000 à 150 000

Âge de la plupart des émigrés: De 8 à 14 ans (certains plus jeunes lorsqu'ils étaient accompagnés d'un aîné)

Période: Fin XVIIe siècle à 1967

Principaux pays d'accueil: Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Rhodésie

Au Canada: Environ 100 000 enfants

En Ontario: Environ 70 000 enfants

Au Québec: Environ 12 000 enfants

Cantons de l'Est: Environ 5000 enfants