Le député libéral Justin Trudeau a été contraint de faire une nouvelle profession de foi fédéraliste, mardi dans le foyer de la Chambre des communes, après avoir évoqué qu'il pourrait «songer à vouloir faire du Québec un pays» si le gouvernement Harper continue à redéfinir le pays en adoptant des mesures de droite.

Mis à jour le 15 févr. 2012
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE CANADIENNE

Le fils de l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau, qui a combattu le mouvement souverainiste durant toute sa carrière politique à Ottawa, a soutenu qu'il se battra jusqu'à son «dernier souffle» pour l'unité du pays.

M. Trudeau a fait une longue déclaration en anglais et en français en faveur de l'unité canadienne devant les journalistes et n'a pas répondu aux questions.

Dimanche, M. Trudeau a lancé un cri du coeur contre les mesures du gouvernement conservateur de Stephen Harper durant une entrevue d'une quinzaine de minutes diffusée dans le cadre de l'émission Dessine-moi un dimanche, à la radio de Radio-Canada.

«Je dis toujours que si, à un moment donné, je croyais que le Canada, c'était vraiment le Canada de Stephen Harper et qu'on s'en allait contre l'avortement, contre le mariage gai, qu'on retourne en arrière de 10 000 façons différentes, peut-être que je songerais à vouloir faire du Québec un pays. Oh oui. Absolument», a-t-il notamment soutenu.

Il a aussi affirmé que le Canada, sous les conservateurs de Stephen Harper, glisse trop vers la droite et que le nouveau contexte politique l'«attriste énormément». Il a ajouté plus tard dans l'entrevue que le Québec peut contribuer à ramener l'équilibre au pays et qu'il croit «profondément au Canada».

Intervention de Bob Rae

Ses propos ont alimenté les médias sociaux, en particulier le site Twitter, forçant le chef libéral Bob Rae a commenté la sortie de son jeune député.

«M. Trudeau est un grand Canadien. C'est quelqu'un qui croit vraiment dans le Canada. [...] Il ne faut jamais penser que M. Harper, c'est le Canada. M. Harper, ce n'est pas le Canada. M. Harper, c'est M. Harper. Il ne faut jamais confondre la politique d'un moment ou d'une période avec ce qui est grand, ce qui est permanent dans notre vie canadienne», a dit M. Rae.

Prenant la parole après son chef, M. Trudeau a tenté de remettre les pendules à l'heure. «La question n'est pas de savoir pourquoi Justin Trudeau soudainement n'aime plus son pays parce que cette question est ridicule. [...] Tout le monde sait que j'aime le Canada», a lancé d'emblée M. Trudeau.

«La question est de savoir: qu'arrive-t-il à notre pays? Pourquoi des millions de Québécois ne se reconnaissent-ils pas dans ce gouvernement? Pourquoi des millions de femmes ne reconnaissent-elles plus leur pays? Pourquoi des millions de gens décrochent-ils de la politique? Parce qu'ils n'aiment pas, ils ne voient pas le Canada que nous avons bâti pendant des décennies qui se reflète dans les mesures de ce gouvernement», a-t-il ajouté du même souffle.

M. Trudeau a poursuivi en français: «On a un Canada qui devient mesquin, qui devient petit d'esprit, qui devient fermé, qui est anti-intellectuel, qui commence à prôner la division et s'ingérer dans les vies privées des gens. Excusez-moi, mais je ne reconnais pas ce pays. [...] La réalité, c'est qu'il va falloir se réveiller pour se battre contre M. Harper.»

Cette sortie de M. Trudeau a donné des munitions au Bloc québécois.

Les valeurs du Québec

«Le Canada est en train de se construire de telle façon que ça va complètement à l'encontre des valeurs du Québec et je pense que Justin Trudeau a exprimé ça. [...] Donc, tout ce que Harper est en train de faire évidemment aide le mouvement souverainiste. Vous n'allez peut-être pas nous croire, mais on accepterait d'avoir Justin Trudeau chez nous», a lancé le député bloquiste André Bellavance.

Pour sa part, le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a soutenu que «c'est vrai que le Canada de Stephen Harper est très inquiétant». Mais il a affirmé que les forces progressistes doivent s'unir pour mettre fin au règne des conservateurs aux prochaines élections plutôt que d'évoquer l'idée de faire l'indépendance du Québec comme l'a fait Justin Trudeau.