Québec est moins tenté de créer son propre registre des armes d'épaule, maintenant qu'Ottawa a refusé officiellement de partager les données du registre canadien avec lui.

Hugo de Grandpré et Tommy Chouinard LA PRESSE

Le gouvernement Harper a donné suite, hier, à sa promesse électorale d'abolir le registre des armes d'épaule, qui compte pour 95% des armes enregistrées au Canada. Mais le projet de loi va plus loin que prévu: il vise aussi «la destruction des registres et fichiers à l'enregistrement» des armes à feu sans restriction. «Ça nous complique la tâche, c'est sûr», a réagi le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil. Sans les données du fédéral, «c'est clair que le coût n'est pas le même» pour créer un registre québécois, a-t-il ajouté.

Le registre des armes d'épaule avait été créé dans le milieu des années 90, dans la foulée de la tuerie de Polytechnique, à Montréal. Sa création devait coûter environ 2 millions de dollars. Mais elle s'est finalement élevée à plus de 1 milliard. En 2009-2010, les frais liés à son maintien étaient évalués à 8,5 millions.

Malgré ces coûts, des corps policiers comme la Gendarmerie royale du Canada et la Sûreté du Québec se sont souvent prononcés en faveur de son maintien, puisqu'il est utile dans leur travail, soutiennent-ils.

Les conservateurs, quant à eux, ont toujours fait de l'abolition du registre l'un de leurs principaux chevaux de bataille, évoquant entre autres les sommes faramineuses investies, son inefficacité et les critiques formulées par des propriétaires d'armes d'épaule comme des chasseurs et des fermiers.

Tout juste avant les élections, lorsque le gouvernement Harper était minoritaire, un projet de loi présenté par une députée conservatrice avait été battu par seulement deux votes. «C'est un grand jour», s'est réjouie hier la députée en question, Candice Hoeppner, étant donné le succès presque assuré de cette nouvelle initiative.

Mais pourquoi avoir mis des bâtons dans les roues de Québec qui, à plusieurs reprises, au cours des dernières années, a laissé planer la possibilité de rapatrier le registre? «Parce qu'on n'y croit pas, a tranché hier le ministre Maxime Bernier, porte-parole francophone dans ce dossier. On ne croit pas que c'est la manière efficace de lutter contre le crime.» M. Bernier a fait remarquer que l'obligation pour les utilisateurs d'armes à feu d'obtenir un permis de possession et d'acquisition allait demeurer et continuer à constituer une base de données utile aux policiers.

Ses collègues, comme le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, et la députée Candice Hoeppner, ont pour leur part fait valoir des arguments touchant aux renseignements personnels et au désir d'éviter qu'un gouvernement fédéral ultérieur ne décide de le remettre en vigueur.

À Québec, on ne baisse pas les bras pour autant. Le ministre Dutil affirme avoir joint son homologue fédéral hier afin de lui demander de partager les informations contenues dans le registre canadien.