Le gouvernement Harper tient à souligner en grande pompe le bicentenaire de la guerre de 1812 entre le Canada et les États-Unis l'an prochain. Mais les festivités risquent de laisser les Québécois et les francophones indifférents.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Le ministère du Patrimoine reconnaît lui-même que c'est tout un défi pour que les Québécois s'intéressent à cet anniversaire.

Dans une récente étude réalisée par la firme TNS pour le compte du Ministère, on conclut que «Patrimoine Canada devra probablement faire de plus grands efforts pour sensibiliser les Québécois et les francophones à la pertinence de la guerre dans l'histoire du Québec et des Canadiens français».

Dans la même étude, on souligne aussi que les Canadiens en général, et les jeunes en particulier, ont une connaissance limitée de cette guerre qui a duré deux ans et qui a permis au Canada de repousser l'invasion américaine.

«La sensibilisation, l'intérêt et le niveau de connaissance en ce qui a trait à la guerre sont largement régionaux et dépendent de l'âge du répondant. La notoriété est plus forte en Ontario et se dissipe à mesure qu'on s'en éloigne, vers l'est ou vers l'ouest. (...) L'intérêt qu'on porte à la guerre est beaucoup plus faible au Québec parmi les francophones et les Canadiens plus jeunes», peut-on lire dans cette étude obtenue par La Presse.

Dans le cadre de cette enquête, qui a coûté 17 621 $ et qui a été menée auprès de 1835 Canadiens, on recommande au Ministère de lancer une campagne publicitaire à la télévision pour faire la promotion des célébrations entourant le bicentenaire.

C'est d'ailleurs ce que le Ministère a prévu de faire et une capsule commémorative sur la guerre de 1812 a été déjà préparée pour un coût de 1,5 million de dollars.

Le gouvernement Harper s'est engagé dans le discours du Trône du 3 mars 2010 à marquer cet événement historique «qui a contribué à façonner l'identité canadienne et, par la suite, à donner naissance à notre pays.

Selon le ministre du Patrimoine, James Moore, le premier ministre Stephen Harper garde un oeil sur les préparatifs en prévision du bicentenaire. Le gouvernement Harper compte ériger un monument en l'honneur de cette guerre dans la région de la Capitale-Nationale. Aussi, on compte souligner le courage des héros de cette guerre durant tout le mois d'octobre 2012.

Sur le site internet du ministère du Patrimoine, on soutient que «le pays n'existerait pas si l'invasion américaine de 1812-1814 avait réussi. Les efforts héroïques concertés déployés par l'armée et la marine britanniques, les miliciens volontaires francophones et anglophones ainsi que les alliés des Premières nations en vue de repousser l'invasion ont contribué à façonner l'histoire du Canada telle qu'on la connaît aujourd'hui: un pays libre, indépendant, à l'intérieur d'une monarchie constitutionnelle dotée de son propre système parlementaire.»

Selon Justin Massie, professeur à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa, il n'est pas étonnant de constater que le bicentenaire de la guerre de 1812 suscite peu d'intérêt chez les Québécois et les francophones.

«Les conclusions de l'étude étaient tout à faire prévisibles. Quand on examine les manuels d'histoire des écoles secondaires ontariennes et québécoises, on constate rapidement que ce n'est pas du tout la même histoire que l'on enseigne aux jeunes Québécois et aux jeunes Ontariens», a dit M. Massie.

«Il est là le noeud. Comment fait-on pour préserver l'histoire nationale? C'est évidemment dans les salles de classe. La guerre de 1812 est beaucoup plus importante dans le nationalisme canadien que dans le nationalisme québécois», a-t-il ajouté.

Le professeur s'interroge par ailleurs sur la décision du gouvernement Harper de souligner le début de la guerre de 1812 et non pas la fin de celle-ci. «Cela me fascine. On célèbre le début, mais pas la fin. Mais il est clair que le gouvernement conservateur tente de remodeler la culture politique canadienne. Les conservateurs mettent l'accent sur les principes de la monarchie, sur les principes du militarisme et ceux de l'indépendance du Canada», a-t-il affirmé.

Il a souligné que les libéraux, eux, lorsqu'ils étaient au pouvoir, mettaient davantage l'accent sur l'image du Canada comme un gardien de la paix, d'un protecteur des droits et libertés et d'un citoyen du monde multiculturel.

Avec William Leclerc