Le retour de l'adjectif «royal» dans les désignations des services de la marine et de l'aviation de l'armée canadienne a illuminé la fierté d'anciens combattants, mais également suscité le mécontentement du Bloc québécois et des craintes de colère au Québec.

Mis à jour le 16 août 2011
Michael Tutton LA PRESSE CANADIENNE

Mardi, lors d'une cérémonie à laquelle assistaient d'anciens combattants qui réclamaient le retour de ces désignations depuis des décennies, le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, a confirmé que ces divisions reprendraient leur nom traditionnel, c'est-à-dire Marine royale canadienne (MRC) et Corps d'aviation royal canadien (CARC).

Le terme «royal» était habituellement réservé à des régiments.

«Il s'agit d'une façon de permettre aux hommes et aux femmes en uniforme d'aujourd'hui de renouer avec la glorieuse histoire et les fières traditions dont ils sont les héritiers», a déclaré le ministre MacKay.

Les forces terrestres canadiennes porteront désormais le nom d'Armée canadienne (AC).

Ces anciens noms avaient disparu en 1968, lorsque les trois services militaires canadiens avaient été unifiés sous le nom des Forces canadiennes.

Dans le cadre de cette unification, les désignations avaient été remplacées par Commandement maritime, Commandement de la Force terrestre et Commandement aérien.

Gaylord Kingston, un ancien membre de la marine maintenant âgé de 76 ans, a loué le gouvernement fédéral pour sa décision.

«Pour les anciens combattants, il s'agit d'un retour à l'honneur, a-t-il fait valoir. Il s'agit d'un retour au passé, mais aussi de quelque chose de nouveau pour nous.»

La Légion royale canadienne, la plus importante organisation d'anciens combattants au Canada, s'est dite ravie de la décision d'Ottawa.

Dans un communiqué de presse, la présidente nationale de la Légion royale canadienne, Patricia Varga, a toutefois dit craindre que les coûts associés à cette mesure ne diminuent les budgets affectés aux opérations et à la qualité de vie.

Mme Varga a cependant ajouté qu'elle avait reçu l'assurance qu'une telle situation ne se produirait pas.

BQ : Lien avec la monarchie

L'initiative a cependant largent déplu au Bloc québécois, qui est d'avis que le gouvernement de Stephen Harper a fait un retour en arrière afin de se rapprocher de la monarchie.

«Non seulement le retour à l'étiquette »royale« a des coûts, mais, en plus, il a pour objectif caché de raviver les liens entre le gouvernement canadien et la monarchie britannique», a déclaré, par voie de communiqué, Louis Plamondon, chef par intérim de la formation politique.

M. Plamondon a également déploré la réaction du Nouveau Parti démocratique à cette nouvelle.

«Compte tenu que les néo-démocrates se sont déjà positionnés dans le passé contre la monarchie, on se serait attendu à une sortie virulente de leur part. (...) On sent que le NPD marche sur des oeufs, ne voulant pas déplaire ni aux pro-monarchistes du Canada, ni aux Québécoises et Québécois, peu enclins à se réjouir du retour d'un vestige de l'époque colonialiste», a aussi déclaré M. Plamondon.

En entrevue, Jack Harris, porte-parole du NPD en matière de Défense, a indiqué que son parti s'opposait à l'utilisation du terme «royal» car il risque de diviser les Canadiens.

«Nous croyons que ce n'est pas nécessaire et que ça peut devenir une source de division. Ce n'est pas tout le monde qui est d'accord. Ça plaît à certaines personnes, mais ce n'est pas quelque chose qui unit un peuple», a déclaré M. Harris.

«Nous formons une nation moderne, indépendante, qui ne fait pas partie de l'Empire britannique», a renchéri le député néo-démocrate de St. John's Est, dans la province de Terre-Neuve.

Pierre Anctil, un professeur d'histoire à l'Université d'Ottawa, soutient que l'annonce de mardi représente un étonnant changement des symboles canadiens.

«Il s'agit d'une nouvelle politique visant à définir le nationalisme canadien», a-t-il observé, de son domicile situé à Montréal.

«Les francophones auront de la difficulté à l'accepter. Les références à la Reine et à l'empire britannique ne plairont probablement pas aux francophones», a renchéri M. Anctil.

De son côté, l'historien David Zimmerman craint que le retour de ces symboles de la monarchie n'aggrave les divisions entre francophones et anglophones au pays.

«Au Québec, peu de gens se sentent touchés par la monarchie, et la marine compte beaucoup de Canadiens français», a-t-il expliqué au cours d'une entrevue.

M. Zimmerman, qui enseigne l'histoire à l'Université de Victoria, croit que des desseins politiques ont motivé cette annonce.

«Ça permet aux royalistes, aux conservateurs, aux traditionnalistes de se sentir mieux.»