Nycole Turmel discrédite l'engagement politique et donne aux jeunes un exemple peu édifiant, estime l'ancien chef du Parti québécois Bernard Landry.

Mis à jour le 4 août 2011
Martin Ouellet LA PRESSE CANADIENNE

La leader de l'opposition officielle à Ottawa devrait renoncer à ses fonctions ou à tout le moins présenter des excuses, estime M. Landry, irrité par les convictions et loyautés politiques variables sinon contradictoires affichées par l'ancienne leader syndicale.

Pour une rare fois, l'ex-premier ministre souverainiste est d'accord avec la conclusion qui se dégage des grands journaux du Canada anglais: la chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique (NPD) souffre d'un sérieux déficit de crédibilité.

«C'est rare que je suis en harmonie avec le Canada anglais mais je pense qu'ils ont raison. Il y a un problème civique grave. L'engagement politique n'est pas une blague, n'est pas une farce, il y a des militants qui consacrent une grande partie de leur vie citoyenne à défendre leurs convictions», a fait valoir M. Landry jeudi en entrevue à La Presse Canadienne.

Élue avec une confortable majorité le 2 mai dernier dans la circonscription de Hull-Aylmer, Mme Turmel est militante néodémocrate depuis 20 ans. Elle est également membre de la formation souverainiste d'ultra-gauche Québec solidaire.

Plus encore, elle a détenu une carte du Bloc québécois de décembre 2006 à janvier 2011.

Mme Turmel a été catapultée à la tête des troupes néodémocrates le 28 juillet pour remplacer, sur une base temporaire, le chef Jack Layton qui lutte contre un nouveau cancer. Sa nomination a été entérinée par la plus haute instance du parti, le conseil fédéral.

La presse du Canada anglais a tôt fait de relever la contradiction entre l'engagement de Mme Turmel auprès de Québec solidaire et du Bloc québécois, deux formations souverainistes, et ses responsabilités de chef intérimaire d'un parti fédéraliste qui aspire à diriger le Canada.

En effet, il y a là un problème grave, selon M. Landry. A son avis, le cheminement de Mme Turmel donne à penser que ses convictions politiques ne pèsent pas lourd dans son plan de carrière.

«Si je peux être élu quelque part et avoir une fonction quelque part, mes convictions ne comptent plus», a illustré l'ancien leader du PQ.

«Avoir des convictions totalement opposées dans deux partis indépendantistes, militer dans un parti fédéraliste puis ensuite devenir le chef de l'opposition officielle du Canada, il y a quelque chose qui ne marche pas. C'est un bien mauvais exemple pour la jeunesse», a-t-il poursuivi.

Bien entendu, il n'y a rien de répréhensible à passer d'un parti à l'autre, a pris soin de préciser M. Landry, citant en exemple les allégeances politiques successives de Winston Churchill, René Lévesque et Jean Charest.

Cependant, le fait de soutenir des partis politiques aux idéaux radicalement différents sinon opposés, «est un geste incivique, c'est le moins qu'on puisse dire», a-t-il analysé.

Depuis que les projecteurs sont braqués sur elle, la chef intérimaire du NPD proclame avec force sa foi fédéraliste. Elle a promis de retourner sa carte de Québec solidaire et a minimisé la portée de son adhésion au Bloc québécois pendant cinq ans.

Elle a expliqué avoir joint les rangs du Bloc non pas par conviction souverainiste mais simplement pour soutenir une amie, l'ex-députée bloquiste de Saint-Bruno-Saint-Hubert, Carole Lavallée.

L'ex-présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada a dit regretter son association encore toute récente avec le Bloc. Elle a quitté officiellement le parti en janvier 2011, au moment de remplir le questionnaire de mise en candidature pour le NPD.

Mais pour M. Landry, les justifications de Mme Turmel ne sont guère convaincantes.

«Ce n'est pas édifiant, c'est un mauvais exemple pour la jeunesse, c'est de l'ingratitude envers ceux qui se sont dévoués à des causes politiques. Elle devrait, pour le moins, s'excuser humblement», a-t-il insisté.