Le gouvernement canadien a censuré le travail de l'illustratrice Franke James en appliquant apparemment des critères politiques pour lui refuser l'appui de son réseau d'ambassades, selon deux experts.

Charles Côté LA PRESSE

«Sur le plan politique, je crois qu'on peut parler de censure, estime Pierre Bosset, professeur de droit à l'UQAM. Il y a volonté d'empêcher qu'une image critique du gouvernement soit véhiculée à l'étranger.»

Son collègue Pierre Trudel, de l'Université de Montréal, est du même avis.

«Je pense que c'est un cas de censure parce qu'une décision relative à l'utilisation de ressources gouvernementales est prise selon des critères en apparence politiques. Ce n'est pas à l'État de déterminer ce qui est vrai ou non, acceptable ou non. Il doit y avoir des critères appliqués de façon indépendante des préférences du gouvernement en place.»

«Ça nous ramène tout droit à ce que faisait Duplessis et tout le monde trouvait ça épouvantable, poursuit M. Trudel. Si la liberté d'expression veut dire quelque chose, c'est que l'État ne doit pas, sur une base purement arbitraire, décider d'appuyer tel ou tel artiste.»

Est-ce que le caractère ouvertement politique de l'art de Mme James n'est pas une raison de lui refuser les services des ambassades? «L'art est presque toujours un discours politique, c'est une prise de position sur la réalité, dit M. Trudel. Si on doit appliquer un tel critère, il faut le faire à travers une instance indépendante qui permet d'écarter tout soupçon d'ingérence politique.»