À l'issue d'un congrès qui a donné lieu à bien peu de débats sauf sur deux enjeux fondamentaux, le NPD de Jack Layton, maintenant opposition officielle, demeure socialiste, mais n'a pas, finalement, écarté la possibilité d'une fusion avec le Parti libéral du Canada.

Malorie Beauchemin, envoyée spéciale LA PRESSE

Lors d'un vote serré, qui a nécessité un dépouillement des voix par une armée de bénévoles, les délégués néo-démocrates réunis à Vancouver ont rejeté une résolution controversée qui prévoyait non seulement que le NPD «refuse de participer à quelque discussion que ce soit» sur une éventuelle fusion avec les libéraux, mais aussi qu'aucune entente de non-concurrence ne puisse être conclue en vue des prochaines élections générales.

La proposition stipulait aussi que les néo-démocrates réserveraient «un accueil chaleureux aux anciens partisans libéraux qui souhaitent se joindre au NPD, la véritable opposition aux conservateurs».

Deux députés, Peter Stoffer et Carol Hughes, se sont présentés au micro pour appeler les membres à voter contre la résolution, mais de nombreux militants de la base estimaient que le NPD ne devrait jamais s'allier avec les libéraux de Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien, Michael Ignatieff et maintenant Bob Rae.

La résolution a finalement été battue par 645 votes contre 460, laissant la porte ouverte à d'éventuelles formes d'alliance, de collaboration ou de fusion.

«Il n'y a aucune proposition sur la table, alors il s'agit de laisser la porte ouverte à ceux qui ont voté pour le Parti libéral dans le passé pour qu'ils se joignent à nous», a souligné le chef Jack Layton, prudent, à l'issue du congrès de trois jours.

Présent aux débats à titre d'observateur, l'ancien chef du Parti libéral Stéphane Dion a indiqué qu'une telle fusion ne se trouvait pas à l'ordre du jour de sa formation politique.

Socialisme

La résolution qui soulevait le plus les passions, proposant d'exclure le terme «socialiste» du préambule de la constitution du NPD pour le remplacer par «social-démocrate», n'a finalement jamais été soumise au vote.

Les débats ont été interrompus après seulement quelques interventions au micro, dont un vibrant plaidoyer du député Pat Martin, qui estimait que le terme «socialiste» pouvait «faire peur» aux gens et donnait des munitions aux adversaires du NPD. À la suggestion du président, M. Topp, la controversée résolution a été confiée au comité exécutif pour davantage de consultations, au grand dam des militants les plus à gauche, qui souhaitaient que le NPD conserve son identité d'origine.

Mais pour le ministre du Patrimoine, le conservateur James Moore, aussi présent à titre d'observateur, les divergences d'opinion sur ces deux enjeux névralgiques démontrent que le NPD souffre d'un problème identitaire.

«C'est un parti vraiment divisé. Ils sont arrivés unifiés, ils repartent d'ici avec de grandes questions et une crise d'identité, a jugé M. Moore. Veulent-ils fusionner avec le Parti libéral, ils ne le savent pas, ils sont divisés sur la question. Est-ce que le NPD est socialiste? Ils ne le savent pas non plus.»

«Ridicule», a rétorqué Jack Layton. «Il n'y a pas de divergence d'opinions sur les valeurs, a-t-il souligné. C'était plutôt une question de moderniser le langage, et les gens ont dit: discutons-en plus amplement. J'encourage ces débats-là.»

Quant à savoir s'il se définissait lui-même comme un socialiste, le chef néo-démocrate a refusé de répondre à la question.

«Je n'utilise pas d'étiquette, parce que je préfère parler des enjeux, a-t-il dit. Pour moi, social-démocrate et démocratique socialiste, c'est deux côtés d'une même médaille.»

Vote de confiance

Après avoir mené les troupes néo-démocrates à leur sommet historique, remportant le 2 mai dernier 103 sièges et devenant pour la première fois l'opposition officielle à Ottawa, Jack Layton a obtenu un appui inconditionnel de 97,9% de ses militants.

Si les néo-démocrates se sont entendus sur la confiance en leur chef, ils ont aussi adopté, souvent à l'unanimité, de nombreuses résolutions, notamment sur la lutte contre la pauvreté, le développement durable, l'égalité homme-femme, ou encore la place du Canada dans le monde. Des résolutions controversées, sur la Libye ou encore sur Israël, n'ont jamais atteint le plancher des débats.